Tout va bien Maman

06 août 2013

Toutes les bonnes choses ont une fin

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Et le voyage en fait partie. Après 385 jours à parcourir 22 pays, je suis rentrée dans le mien le 30 Juin dernier. Et pour être honnête, l'euphorie des retrouvailles m'a rendue totalement inapte à me replonger dans le dernier mois de voyage pour écrire un dernier article sur ce blog. Après 15 jours passés à Hong Kong à attendre mon visa Russe, j'ai fini par rejoindre Vladivostok pour commencer le Transibérien. Voilà ce que j'avais noté à l'époque et que je n'ai jamais pris le temps de poster :

"Jeudi 30 Mai : me voilà enfin en terre russe. Et pas n’importe où, dans une ville si éloignée de la capitale qu’il est difficile de croire qu’elle est régie par les mêmes lois, que l’on y parle la même langue. Quelques 9200km séparent Vladivostok de Moscou et c’est ici que se feront mes premières impressions du pays de Tolstoï, Dostoievski et Tchaikovsky (de sacrés idoles pour la passionnée de littérature que je suis…). Les russes sont réputés froids et peu affables, soit, je me ferai donc un devoir de mettre à mal ces stéréotypes et ma mission commence ici même, à l’aéroport. Malheureusement, mes trois premières interactions tendent à me décourager dans cette entreprise. Tour à tour, les employés que j’aborde pourtant avec un sourire bienveillant et un chaleureux « zdrastvutye » prononcé d’une voix aussi douce que mes cordes vocales (et mon tempérament) me le permettent, daignent à peine me regarder et plutôt que de me renvoyer la politesse par un simple bonjour, fût-ce en y mettant toute la haine qu’ils ressentent, préfèrent lancer un « Niet » et agiter la main pour me faire comprendre qu’ils ne parlent pas anglais et que, de toute façon, je les dérange. Me rappelant que je me trouve dans un aéroport, lieu par excellence où les employés sont amenés à rencontrer des étrangers et à les aider quelque peu, j’oscille entre « ne pas se fier aux apparences » et « la première impression est souvent la bonne ». C’est alors que ma bonne étoile se pointe en la personne d’Artem, un russe pure souche qui m’aborde dans un anglais parfait et me fera finalement découvrir sa ville natale, Vladivostok, considérée comme le San Francisco russe (mais à part des rues à fort dénivelé et un pont suspendu pas même rouge, les similitudes s’arrêtent là). Depuis les années 90, VL, pour les 3 russes anglophones du coin, a troqué son statut de ville la plus criminelle du pays pour quelque chose de plus paisible (les anciens chefs des gangs qui controlaient les rues sont tout simplement devenus maires, pas plus compliqué que ça). Les bonnes surprises se poursuivent puisque mon hôte trouvée sur internet n’est autre qu’une jeune traductrice dont la gentillesse dépasse l’entendement, elle insistera en effet pour que je dorme dans son lit tandis qu’elle-même se couchera sur un lit de camp…dans la cuisine (de quoi foutre mal à l’aise).

Quelques jours plus tard, la grande épopée commence, j’embarque dans le train à destination d’Irkoutsk. Techniquement, trois options s’offrent à moi : la première classe qui consiste en un compartiment de deux lits, la deuxième à 4 lits, et enfin la dernière classe, appelée platskart, où se succèdent des ensembles de 6 couchettes (4 perpendiculaires à l’une des parois, 2 parallèles à l’autre) sans aucune cloison. Budgétairement, une seule option subsiste. D’autant que mes nouveaux amis me déconseillent les compartiments fermés au motif que je pourrais me « retrouver enfermée avec 3 anciens prisonniers ivres » (rassurant). Ce matin là, l’excitation est à son comble lorsque je songe aux 3 jours de bercement qui m’attendent. Autant la traversée de la Chine en 70h sur un siège était un petit enfer, autant dès lors que je peux m’allonger, le temps n’a plus d’importance.

Les compagnons font le voyage, c’est bien connu, et il faut dire que je suis bien tombée. Je me retrouve avec des camarades fort sympathiques qui, malgré un anglais presque inexistant, tentent d'engager la conversation. Nous parvenons tant bien que mal à échanger quelques informations sur nos vies respectives et finissons par partager nos vivres autour d'un jeu de cartes. A travers la fenêtre défilent des plaines sans fin, traduisant l’immensité de ce pays et je songe alors que la Terre peut bien compter quelques milliards d’individus supplémentaires, nous saurons toujours où les foutre. Ces pensées hautement intellectuelles m’épuisent et le sommeil m’emporte pour quelques heures, une centaine de kilomètres tout au plus, vu l’allure à laquelle nous avancons.

Après quelques haltes, je remarque que le look vestimentairement des russes est un vrai sujet. On constate rapidement deux catégories de personnes. Une minorité, d’abord, exclusivement constituée de femmes qui accordent une importance démesurée à l’apparence et paradent dans les rues juchées sur des talons dont la seule vue me fait moi-même mal aux pieds, et moulées dans des robes extravagantes laissant entrevoir beaucoup trop de longueur de jambe. A se demander ce qu’elles portent les jours de fête… Pour la majorité des russes, cependant, il semble que les vêtements ne sont qu’un moyen de se prémunir du froid (ou plus simplement encore, de ne pas sortir à poil). De même que leurs goûts capillaires sont plus que douteux. Vladivostok, Irkoutsk, Yekaterinbourg, dans toutes ces contrées lointaines, mulettes et queues de rats sont à l’honneur, tandis que franges en biais et coupes playmobil fleurissent ça et là. C’est ainsi qu’au fil de mes haltes, j’ai invariablement l’impression de me retrouver dans un épisode des Deschiens ou en vacances avec la famille Groseille, ce qui, il faut l'avouer, est assez divertissant.

PS : Tchaikovsky n’est pas écrivain, je sais, merci..."

 

Je m'étais donc arrêtée là juste avant mon arrivée à Moscou, ville magnifique où j'ai passé quelques jours avant de mettre le cap sur la France. Aujourd'hui, après cette expérience inoubliable, je ne peux vous donner qu'un seul conseil : PARTEZ.

Partez découvrir les richesses du monde. Partez maintenant, le plus vite possible, avant que celles-ci ne disparaissent, pour des raisons x ou y. La Syrie est en ce moment défigurée par la guerre, certaines régions du Cambodge par la déforestation, et n'importe quel autre pays en général, par l'homme en quête de modernité. Partout, les habitations traditionnelles laissent place à des bâtiments sans charme, substituant le béton déprimant à la beauté du bois, du bambou, de la chaux. Partez avant qu'il n'en reste plus que des centres commerciaux et des MacDonalds, ce qui est presque déjà le cas dans certaines gandes villes asiatiques.

Partez sans prendre en compte les mises en garde venant de toutes parts (si l'on écoutait le ministère des affaires étrangères, on ne voyagerait plus qu'en Belgique ou en Suisse) mais au contraire pour vous faire votre propre opinion. N'écoutez pas ce qu'on vous dit, sortez des sentiers battus. Si je n'avais pas essayé de suivre ces préceptes, je n'aurais jamais découvert la splendeur de l'Iran, la gentillesse et l'intelligence de ses habitant, loin de l'image que nous renvoient nos média occidentaux. Oui, sortez des sentiers battus, ce sont là les meilleures expériences car les plus authentiques. Rien de plus triste que de constater l'uniformisation des cultures, la disparition des coutumes parfois simplemet pour mieux satisfaire aux exigences des touristes que nous sommes (même si, ne nous leurrons pas, je ne dis pas non à la disparition des toilettes à la turque). Sortez des sentiers battus, même lors de courts séjours : l'Ouzbékistan regorge de magnifiques cités sur la route de la soie, très bien préservées et qu'il est aisé de visiter en 15 jours de vacances (ça changera du camping de Palavas les flots).

Partez mais dépensez le moins possible. Je ne dis pas "jouez-la SDF" car pouvoir s'octroyer un hôtel convenable de temps à autres n'est pas négligeable mais c'est en dépensant le moins que l'on vit les plus belles expériences. C'est en dépensant le moins que l'on évite les atmosphères aseptisées propres à tout ce qui coûte cher. Dans un bus VIP, on dort certes confortablement, mais l'on ne rencontre personne ou du moins pas un seul local. Il n'est de voyage plus enrichissant qu'en faisant du stop et en dormant chez l'habitant. Ce sont là les meilleurs moments d'échange. Car même si la splendeur du Taj Mahal où des montagnes de l'Himalaya laisse sans voix, elle n'est que sublimée par le partage que l'on en fait avec les gardiens de ces joyaux.

Tout ceci n'est que mon humble avis, après tout il n'y a pas de bonne ou de mauvaise façon de voyager, l'important est de partir.

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31 mai 2013

Un petit goût de Russie...à Honk Kong

Mercredi 15 Mai, 00h15, Manille : dernière nuit aux Philippines, dans 7h exactement, mon avion pour Hong Kong décollera. L’aéroport international de Manille n’étant qu’à 20 minutes de ma guesthouse, cela me laisse quelques 5 heures de sommeil avant de sauter dans un taxi. Mais quelque chose me dit que je ferais tout de même bien de vérifier mon billet (on connait le refrain). Date de départ, check, heure de départ, check, aéroport…demandons à cette jeune femme à la réception. Elle connait, oui. « C’est à deux heures de Manille ». Voilà, donc maintenant c’est acté et officiel, je suis devenue débile. Ce qui, tant que je m’en sors, ne me dérange pas outre mesure et bien au contraire, apporte un peu de piment au voyage. Je me retrouve donc en pleine nuit à la gare routière pour m’entendre dire que le prochain bus part à 3h30 du matin, j’arriverai donc à l’aéroport à temps mais n’aurai pas dormi de la nuit. Comme je l’ai dit la dernière fois, c’est le prix à payer pour sa bêtise, et je le trouve bien raisonnable (ou peut-être le sort attend-t-il le moment propice pour me faire un sale coup mais à cet instant précis, mon insousciance me fait penser que je passe drôlement bien à travers les mailles du filet).

Voilà donc le plan initial : arrivée à Honk Kong, je fonce à l’ambassade de Russie, demande un visa express délivré en 2 jours (et ai tous les documents nécessaires), conserve mon passeport et file à l’ambassade de Chine faire de même (un « ami » m’assure l’avoir obtenu en 24h quelques mois plus tôt), bref si tout se passe comme prévu, 4-5 jours plus tard, je serai en route vers Pékin, où je ferai faire mon visa pour la Mongolie tout en foulant les briques de cette belle muraille. J’aimerais pouvoir dire que « tout ne s’est pas passé comme prévu », mais il serait plus honnête d’affirmer que « rien ne s’est passé comme prévu ».

Mercredi 15 Mai, 9h30, Hong Kong : fraichement débarquée,  je fonce à l’ambassade de Russie (ah si, c’est le seul point qui correspond), demande un visa expr...  « Vous habitez Hong Kong ? Non ? Et bien pas de formule express pour vous, ce sera 7 jours ouvrés. On gardera votre passeport tout ce temps. Et revenez quand vous aurez un certificat d’assurance en anglais ou en chinois, on parle pas français ici. Au revoir. » Magré mon envie d’apprendre l’amabilité à ce c**, j’accuse le coup et me rends à l’ambassade de chine pour régler cette histoire de visa en 24h. Il n’en est rien, cela prendra 4 jours ouvrés, et l’on me demande des tas de documents que je n’ai pas. C’est bon Anne, maintenant que tout part à vau-l’eau, tu peux t’effondrer. Ce que je n’ai pas eu besoin de me répéter. Impossible de poireauter 3 semaines à Hong Kong, il faut réfléchir vite, trouver une solution pour sauver ce retour qui m’échappe. Je ne rentrerai pas par la terre, il faut s’y résoudre, adieu Chine et Mongolie, je m’envolerai pour Vladivostok (ce qui fait un avion de plus mais au point où on en est…). Et un petit dernier coup du sort, comme pour me rappeler que ce plan là aussi est vulnnérable : mon assurance m’envoie finalement un certificat en anglais le jeudi après-midi, et comme le service visa ferme à midi, je me résouds à faire ma demande le lendemain. Le vendredi, donc. Vendredi 17 Mai. Jour ferié.

C’est donc le lundi suivant que je me lève de bon matin, la boule au ventre. Pas seulement parce que je crains que ma demande ne soit refusée mais aussi parce qu’il faut bien le reconnaitre, les russes font peur. Sur le chemin de l’ambassade, je suis aussi sereine et détendue que si je me rendais sur l’échafaud (big up à mon cher frère François-henri Désérable et à son excellent bouquin Tu montreras ma tête au peuple, paru chez Gallimard et disponible dans toutes les bonnes librairies). En ce lundi 20 Mai donc, je pousse cette porte pour la seconde fois, aussi stressée que le jour des résultats du bac. Ok, mauvais exemple. Que le jour des résultats de mon concours d’entrée aux écoles de commerce. (Mieux). Moi qui avais réussi à arrêter de me ronger les ongles pendant un mois (une véritable prouesse quand on me connait bien), il n’en reste plus rien. Il est à peine 9 heures, le personnel vient d’arriver et j’attends donc à quelques mètres du comptoir, ne voulant surtout pas les déranger dans leur installation. Deux voix dans ma tête se lancent alors dans une discussion agitée « tu  vas voir qu’ils vont trouver un problème dans ton dossier  - mais non, ça va aller, j’ai tout ce qu’il faut, je crois  - ah ! tu vois t’en es même pas sûre, on nage en plein délire !  - non mais si si, j’ai tout ce qu’il faut. Ca va aller Anne, ça va aller…  - ben moi je maintiens que t’aurais jamais dû réserver cet avion avant d’être sûre d’avoir ton visa, stupide fille  - mais ta gu… C’est alors qu’un de ces charmants employés approche son poing de la vitre blindée et tape trois coups secs pour attirer mon attention avant d’aboyer « C’EST POUR QUOI ? » - « Et bien, euh, c’est-à-dire…je voulais juste...enfin c’est pour…je voudrais demander un visa touristique… »  - « ALORS ASSEYEZ VOUS » - « euh, oui, parfait, merci infiniment. Monsieur. » Tout ça pour dire que quand je me retrouve devant des russes, je perds un peu de ma superbe (je m’écrase complètement, oui, on peut dire ça comme ça). Enfin à ma décharge, je me suis dit qu’un « Oh Jean-Claude Poliakov, ça t’arrive d’être poli ?? » aurait pu compromettre l’obtention de mon visa.

C’est après deux semaines de plage, shopping visuel, sorties, expos (on va pas se laisser abattre, la vie continue hein) que je quitte cette ville incroyable qu’est Hong Kong pour découvrir Vladivostok et entamer un long périple vers Moscou. Mes premières impressions russes à venir dans un prochain article, je peux seulement vous dire qu’après un an à 30 degrés de moyenne et n’ayant qu’un pull pour me tenir chaud, je redécouvre les joies du claquement de dents. FAIR ENOUGH, me direz-vous. Mais pour gagner au final, j’ajouterai que certes, on n’est pas comme dans un sauna, mais au moins le ciel est bleu. Difficile pour vous d'imaginer ça mais si si, je vous assure que dans les autres parties du monde, le ciel est bleu.

Tout va bien maman, et à bientôt.

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08 mai 2013

Phnom Pehn - Banaue : EPIC FAIL

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Alors oui, depuis mon dernier (vrai) article, il s'en est passé des choses. Mais je ne les raconterai pas ici, d'une part parce que j'ai tout simplement la flemme (j'assume), d'autre part parce qu'il n'est rien de plus barbant que de détailler mon itinéraire jour après jour (personne ne me demande de le faire ainsi, je sais, mais ayant commencé cette phrase par "d'une part", il me fallait bien trouver une autre raison). Je peux néanmoins faire un effort et survoler ces 3 dernières semaines en mots clés : Laos, Pi Maï à Vientiane, 4 jours moto loop Thakek, villages pittoresques, caves gigantesques, brûlure pot d'échappement, re moto plateau des Bolaven, Cambodge, Mondolkiri, Siem Reap, temples, beauté, temples, grandeur, temples, magnificence.

J'en suis donc à Siem Reap. Mercredi 1er Mai : Siem Reap. Cette fois, j'ai décidé de prendre mon temps, de rester ici quelques jours histoire de ne pas visiter Angkor au pas de course. Du temps, j'en ai, puisque mon vol pour Manille part de Phnom Pehn le 5. Je rejoindrai donc la capitale la veille seulement. Entre 2 visites, je jette quand même un oeil à mon billet, non pour vérifier la date de départ, car ça j'en suis sûre, c'est le 5. Non, je crois me souvenir qu'à ce moment là, je jette un oeil à ma réservation en me disant que je devrais peut-être l'imprimer. Pendant qu'on y est, me dis-je, vérifie ton heure de départ, ça mange pas de pain (oui, j'utilise souvent des expressions désuètes quand je me parle à moi-même). Juste l'heure hein, pas le jour, continue la voix dans ma tête. Pas la peine de vérifier le jour puisque ça, tu le sais, c'est le 5. Je vérifie donc l'heure, c'est bien le matin, comme je le pensais. Bravo Anne, tu es vraiment trop forte, me congratulai-je, n'ayant personne sous la main pour me jeter des fleurs. C'est alors que mes yeux, sans que je leur demande quoi que ce soit et n'en faisant qu'à leur tête (si je puis m'exprimer ainsi), prennent la liberté de se promener sur le papier, si électronique soit-il, et de terminer leur course sur la date de départ de ce foutu avion dont on parle maintenant depuis bien trop longtemps, j'en conviens. Le 3. Ton avion décolle le 3, sale imbécile. Ce sont mes yeux qui, ayant miraculeusement trouvé la parole, s'en donnent à coeur joie. Et consciente de ma bêtise, je ne trouve même pas la force de les réprimander pour leur insolence. A la place, je me resaisis, et me dis que j'ai quand même été bien inspirée en allant vérifier la date de mon vol pour Manille (l'art de retourner la situation à son avantage). Même conclusion, donc : bravo Anne, tu es vraiment trop forte. Enfin en attendant, plus de temps à perdre, il me faut rejoindre Phnom Pehn avant la date fatidique.

Jeudi 2 Mai : je vérifie mon billet à nouveau (on en devient parano, à force), au cas où la fameuse date aurait changé dans la nuit. Non, c'est bien toujours le 3. Ah tiens, je découvre en revanche que j'ai une escale (sans blague, je le découvre...mon cerveau m'avait probablement lachée cette semaine là). Une escale entre le Cambodge et les Philippines ? Mais où ça, à Hanoï ? Oh non, bien plus simple : Singapour. "Mais si, regarde, si tu prends une carte, que tu la plies comme ça, puis comme ça, et encore comme ça, tu arrives presque à mettre Singapour en plein sur la route Phnom Pehn - Manille". Bref. Et alors elle va durer combien de temps, cette escale ? 7 heures. Parfait.

Vendredi 3 Mai - Phnom Pehn : Je me lève aux aurores, saute dans l'avion, arrive à Singapour sans encombre et commence à attendre, confortablement installée dans un fauteuil ultra moderne, regardant du sport sur un écran de 5m par 3. Autant, 7 heures d'escale à Beauvais, ça fait chier (pardon d'être grossière mais il s'agit d'employer l'expression qui convient), autant à Singapour, ça passe. J'attends donc sereinement, même si depuis ce matin j'ai la sensation qu'il va "se passer un truc". J'ai bien mon passeport, je vérifie mes visas, tout a l'air en règle, pas de raison de s'affoler. A 17h, soit 50 minutes avant mon vol (sisi, ça a de l'importace), je me pointe au guichet de la compagnie en question. "Mais Mademoiselle, vous n'avez pas votre carte d'embarquement, il fallait que vous passiez l'immigration pour vous enregistrer à nouveau". - "Comment ça, fallait ? J'ai encore le temps, mon avion ne décolle que dans 50 minutes !" - "Certes mais l'enregistrement vient de fermer" - "Et donc ?" - "Et bien il ne vous reste plus qu'à voir avec la compagnie si elle peut vous réserver un siège sur le prochain vol. Ca devrait vous coûter 170 dollars". "Quoi quoi QUOI ??!" J'en ai loupé, des trains, que j'ai même vus partir sous mes yeux, mais alors rater un avion qui ne part que 50 minutes plus tard, c'est particulièrement frustrant. Me voilà donc passant l'immigration au bord des larmes pour aller expliquer ma situation au guichet de la compagnie. En quelques minutes, cette employée indienne me réserve une place sur le vol suivant et me tend la feuille : "tenez, je vous le fais gratuitement". Et bien croyez le ou pas, ça ne m'a pas particulièrement étonnée. Parce qu'à chaque fois qu'il m'arrive quelque chose du genre, je finis par m'en sortir. C'est reparti pour 7 heures d'attente (il faut bien payer sa connerie d'une manière ou d'une autre).

Arrivée à Manille à 4h du matin, j'attends quelque peu dans le hall avant de prendre directement le chemin de la gare routière. Je souhaite aller vers le nord et plus exactement à Banaue où se trouvent de magnifiques rizières en terrasses. On me dit que contrairement à ce que je pense, le plus simple n'est pas de passer par Baguio mais par Dagupan. Je fais confiance (après tout, ces gens vivent là) et réserve une place pour 23h, ce qui me laisse une journée complète pour visiter Manille. Mais autant vous dire que n'ayant pas dormi depuis près de 30h, j'èrre tel un zombie plus que je ne visite réellement. 23h sonnent enfin, mais mon bus n'est pas là. Je me renseigne. Il s'avère que le matin même, je suis probablement tombée sur une mongole (pardonnez moi mais j'étais énervée) qui m'a réservé un siège dans un bus qui n'existe pas. 2 options s'offrent à moi : soit j'attends le prochain qui part à 4h du matin, soit je prends un premier bus qui me déposera sur une aire d'autoroute vers 2h et d'où je pourrai facilement joindre un second bus pour Dagupan. Exaspérée d'attendre, je choisis la deuxième option. 2h du matin, voici l'aire en question. Magnifique, un bus pour Dagupan y fait justement halte. Pas de problème, il reste de la place, je peux monter. Oui mais seulement, à l'intérieur, il fait 10 degrés tant la clim est puissante. Je parlemente avec le chauffeur pour la lui faire baisser, montrant que tout le monde est frigorifié, mais impossible, "elle est déjà au minimum". 'Mais vous pouvez prendre le prochain bus, ajoute-t-il, c'est pas le même type, devrait pas y avoir de problème de clim" - "Et il arrive quand ce prochain bus ? Non parce que si je dois attendre 2 heures ici, c'est pas la peine". - "Oh, dans 10 minutes". Effectivement je n'ai pas attendu 2 heures...mais 3. C'est le gros problème de ces locaux donc l'extrême gentillesse leur fait dire ce que vous voulez entendre. Si vous demandez à un local "patelin, c'est par là ?" en montrant une direction, il vous dira oui avec assurance. Si vous reposez la même question en montrant la direction opposée, il vous répondra oui à nouveau.

Bref, c'est donc à 5h du matin qu'un autre bus fait son apparition, lui-même surclimatisé, évidemment (ça aura valu le coup). A 8h, me voilà enfin à Dagupan ! Ne reste plus qu'à monter dans un petit bus pour Banaue, on m'a dit à Manille que ça ne devrait prendre que 2h, une broutille. Mais il faut croire que les employés de la gare routière de Manille ne sont pas selectionnés sur leur QI car en arrivant à Dagupan..."Mais pourquoi vous êtes venue ici pour aller à Banaue ? Vous auriez dû passer par Baguio ! Là vous allez devoir prendre un bus pour Batad junction puis un autre pour Banaue". Essayant de garder mon sang froid, me forcant à ne pas retourner à la gare routière de Manille afin d'y prendre un employé pour frapper sur l'autre, je demande "et ça devrait durer combien de temps tout ça ?" - "Et bien, 6 + 3, 9 heures". Difficile de décrire ma réaction, je crois que j'ai fait un black out.

Après avoir donc pris 4 bus différents pour un total de 18h, j'arrive enfin à Banaue et apprends qu'il existe des bus directs qui durent 8h. Voilàvoilà, je n'ai pas dormi depuis 58h mais je suis contente car ici c'est magnifique.

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05 mai 2013

J'ai chaud

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L'air de rien, ça soulage.

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16 avril 2013

Mes amis les voyageurs – topo

 

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Voici une liste non exhaustive des spécimens que j'ai l'habitude de croiser sur la route.

1. L'un de mes préférés, le français tradi. C'est ce compatriote qui ne troquera jamais ses chaussures bateau contre des tongs, même si oui, il transpire un max dedans, et se réjouit de pouvoir remettre son pull sur les épaules dès que le thermostat passe en dessous des 30 degrés. Le t-shirt est pour lui totalement prohibé, parce que faut pas pousser non plus, « voyager, oui, mais avec style », « et puis cette chemise ralph lauren n'est pas si chaude au final ». Enfin, s'il a le soucis du détail, notre ami tradi retroussera le bas de son jean en un large ourlet, car de la même manière que le t-shirt lui fait horreur, le short est banni de sa garde-robe. Vous trouverez notre petit frenchie au détour d'un monastère, d'un orphelinat ou d'une mission, autant d'endroits où il aura décidé de donner son temps et son énergie à aider son prochain (ne cherchez pas la blague cachée ou l'ironie, c'est plus que louable). Le tradi discutant avec quelques compères de la même veine est un spectacle à lui seul. Extrait.

Michel Teresa : « Vous êtes allés à la messe à Saigon ? »

« Ah non, on a juste été à celle d'Hanoi »

« Et bien la messe à Saigon, c'est incroyable, faut voir les filles, elles sont à moitié à poil quoi ! » (fandar, il faut bien l'avouer)

« Ah ouais ? Trop marrant. C'est vrai que celles de la chorale d'Hanoi avaient pas l'air farouche non plus. Mais ils ont chanté le Veni Creator, j'te raconte pas, c'était vraiment trop cool » (ne raconte pas, on imagine bien...)

 

2. Le voyageur qui se croit en compétition permanente avec les autres. Toujours dans la surenchère, il lui faut prouver qu'il a vécu les trucs les plus dingues, est passé au moins trois fois à côté de la mort mais en redemande, sans quoi le voyage « ne serait pas fun ».

IndiaMichel Jones : « Ah vraiment, t'as vu un accident de bus ? Et bah moi, j'ETAIS dans un bus qui allait au moins à 200 sur une route défoncée, je peux te dire que si on avait crevé, je serai plus là aujourd'hui »

« Ouais donc il t'est rien arrivé en fait »

« ... »

 

3. Variante d'IndiaMichel Jones, le voyageur qui te fait comprendre par moyens détournés qu'il a énormément baroudé. Mais vraiment l'air de rien, au détour d'une discussion a priori anodine avec ses compagnons de voyage, mais parlant assez fort pour que tout l'entourage puisse entendre.

Michel Magellan : « Ils sont grands les touk touk ici, bien plus qu'à Phnom Penh. Tu te souviens, là bas on tenait pas à plus de 5 ! Tu vois ceux de Bangkok par exemple ? Ben les mêmes. C'est quand même marrant qu'il n'y en ait aucun à Rangoon d'ailleurs ». Un conseil quand vous en croisez un, ne lui posez aucune question sur son voyage, c'est particulièrement jouissif de le voir se démener pour vous caler les infos (toujours l'air de rien), ce qu'il réussira, nul doute là-dessus.

 

4. Le voyageur qui au contraire prend tout à la légère. C'est un peu aussi le hyppie de la bande, celui qui a décidé de fuir son pays « parce que c'est de la merde, on est pas vraiment libres, j'y retournerai jamais » pour bosser dans un bar au Laos et faire la fête tout le temps. Avec lui, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil.

Moi : « No i'm not going to Pakistan, not sure it's very safe for a girl alone »

Michel inconscient : « Safe ? But what is safe ? Nothing's safe ! »

Oh please, épargne moi le discours « tu peux très bien te faire renverser par une voiture en sortant de chez toi ! » J'avais oublié qu'il est aussi rassurant de traverser la frontière turco-iranienne à 5h du matin que de se balader à Versailles un dimanche après-midi. Attends, c'est des violents à Versailles, même les plus jeunes portent des vestes militaires, non vraiment, ça rigole pas. Bref, si vous cherchez à reprendre contact avec un de ces spécimens, tentez la rubrique nécro du journal de son pays.

 

5. Le voyageur tout terrain, habillé en quechua de la tête aux pieds. Bob avec cordon ajustable, pochette water-proof autour du cou (contenant argent/téléphone/passeport, on est jamais assez prudent), t-shirt respirant (sans forme et de couleur souvent douteuse, mais respirant), banane autour de la taille, car comme dirait une humoriste peu connue « ah bah c'est pratique une banane, t'as les mains libres », pantalon convertible (et doublement, en short ET en pantacourt, habile), chaussures ouvertes à scratch (sensation unique d'avoir à nouveau 6 ans). Le voyageur tout terrain est généralement plutôt sympa, curieux de tout, ne se la raconte pas. Un bon compagnon.

 

6. Le français qui ne parle pas un mot d'anglais (le français, donc) mais qui en plus continue de s'adresser aux locaux en français. Généralement d'un certain âge, cette personne est persuadée (et dieu seul sait d'où lui vient cette idée absurde) qu'en articulant à outrance, ça passera. Ce qui donne des « jeee vouuus laisseeuuuh les clééés et re-viiiens dans cinqueuh minuuutes, d'aaaccooord ? », pas décontenancé pour deux sous par le regard ahuri du pauvre local qui n'a évidemment pas compris un mot, mais sourit, histoire d'être poli. Ce que Michel polyglotte prend pour un signe de confirmation.

 

Bref, nombreux sont les types de voyageurs que l'on est amené à rencontrer. On en aime certains, d'autres moins, mais dieu merci avec le temps, un simple regard suffit à les cerner. Et pour les fois où je tombe sur un lourd qui ne me lâche pas d'une semelle, j'ai trouvé la parade idéale : je m'invente une vie. « Yeah i left France in a hurry cause i had some issues with justice but i don't really want to talk about it, all the more so they're looking for me right now -- hahaha. ANYWAY, I'll go grab some dinner, wanna join ? No ??...»

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04 avril 2013

Awesomyanmar (mon dieu le jeu de mot de professionnel)

Catapultée à Rangoon, capitale effervescente mais apaisante à la fois, où il fait bon se promener dans les rues, déambuler dans l’énorme Bogyoke market, parcourir les quartiers chinois et indien, au rythme du grincement de ces pressoirs à cannes à sucre dont le jus extrait vient ravir les papilles des locaux ou voyageurs accablés par la chaleur. Rangoon n’est pour autant pas le genre de villes où les must-see se bousculent. Deux lacs de taille raisonnable permettent de s’accorder une balade rafraîchissante, en dehors de quoi le seul incontournable n’est autre que la pagode Shwedagon, la plus grande d’Asie de Sud Est. Qui au passage m’a laissée quelque peu de marbre, la faute à la marée de touristes qui s’étaient donné rendez-vous pour le coucher de soleil, mitraillant de toute part ce stupa en or de 98 mètres et vieux de 2500 ans (du moins sa première version, m'étonnerait qu’ils l’aient fait aussi bling bling à l’époque). Je resterai tout de même plusieurs jours dans cette ville attachante, découvrant au fil de mes excursions le mode de vie des birmans, leurs us et coutumes... Ainsi, dès mon arrivée, je m’étonne de voir tous ces visages, d’hommes, de femmes, d’enfants, couverts d’une pâte jaune pâle, le Thanaka, qui serait bonne pour la peau et protègerait du soleil. Outre ce drôle de maquillage, les dents rouges de ces messieurs ne manquent pas d’attirer l’œil. La mastication répétée d’une préparation à base de feuille de bétel, de chaux et autres épices (oui, j’ai googlé la chose) en est la cause et donne à ces visages pourtant pas vilains des sourires particulièrement moisis. Par ailleurs, les birmans conduisent à droite, doublent par la gauche (jusque là rien d’anormal), mais ont le volant à droite aussi, histoire d’avoir le moins de visibilité possible, sinon c’est pas drôle.

Puis vient le moment de décider quelles seront les prochaines étapes de ce périple, ce qui s’avère plus compliqué que prévu. La Birmanie (ou le Myanmar, si ça vous chante, mais avouons que ça sonne moins bien) a beau avoir ouvert ses portes aux touristes, il n’est cependant pas aisé de sortir des sentiers battus. Certaines régions requièrent un permis qui ne s’obtient évidemment pas du jour au lendemain, m’obligeant à faire une croix dessus et à me rabattre sur les endroits touristiques (ravie). Direction le sud, d’abord, avec notamment la visite de Hpa-an, une charmante petite ville toute en couleurs, bordée par un la rivière Thanlwin et de nombreuses caves plus impressionnantes les unes que les autres. J’y rencontre une hollandaise sortant tout juste d’un stage de méditation à Rangoon et qui, ravie d’avoir retrouvé la parole après 10 jours de mutisme, me raconte son expérience. Chaque journée commencait à 4h, se terminait vers 22h et comprenait pas moins de 12h de méditation, dont 3x1h dans l’immobilité la plus totale. Pas le droit de lever le petit doigt pour remettre une mèche de cheveux qui vous tombe dans les yeux ni de gratter la piqûre qu’un foutu moustique aura eu le plaisir de vous faire pendant la nuit. Bref, en écoutant son récit, je pensais à mon dos qui ne me permet pas de rester assise plus de 10 minutes sans que mes yeux s’emplissent de larmes, et me résignai à ne jamais atteindre l’éveil (décision qui m’en aurait touché une sans faire bouger l’autre, si j’en avais eues).

Hpa-an donc, après avoir vu les pagodes de Mawlamyine (à ce moment là, je n’avais pas encore conscience que j’allais en manger, des pagodes, partout où je mettrais les pieds), et avant d’aller m’émerveiller devant le golden rock, un des lieux de pélerinages favoris des locaux, qui consiste en une pagode de 7m posée sur un gros rocher couvert de feuilles d’or (ils font rarement dans le sobre), tenant comme par magie à l’extrémité d’une falaise (la légende veut qu’un cheveu du Boudha placé à l’intérieur l’empêcherait de tomber…). Une armée de moines en toge rouge viennent ici prier devant ce miracle de la nature, tandis que les femmes ne sont pas autorisées à s’en approcher à moins de 5 mètres (joie d’être une femme partout dans le monde, une fois de plus).

De retour à Rangoon, dont je refais le tour pour la 7ème fois, jamais lassée, avant de continuer ma route vers le lac Inle. Libre à vous de le wikipédier, vous y apprendrez notamment qu’il « abrite de nombreuses espèces endémiques, notamment plus de 20 espèces de gastéropodes et neuf espèces de poissons », et plein d’autres choses passionnantes qui permettent de combler un dîner ennuyeux à base de « saviez-vous que ? ». De mon côté, je dirai simplement que j’y ai passé 4 jours incroyables, à base de balades en pirogue, éblouie par ces pêcheurs dont la façon de ramer est unique (debout sur une jambe à la poupe et l'autre enroulée autour de la godille, tout ça sans faire tomber sa tong dans l’eau, s’il vous plaît) et pauses café dans les quelques palaces qui entourent le lac, me jurant à cette occasion d’être assez riche plus tard pour séjourner toutes mes vacances dans l’un de ces bungalows sur pilotis. J’ai par ailleurs fait 2 jours de trek non loin de là (histoire de garder la forme), dans une nature pas aussi verdoyante que la forêt amazonienne, mais la nuit dans un monastère au sommet d’une montagne valait définitivement le coup.

La parenthèse nature du lac Inle laisse place aux inombrables temples, pagodes et stupas que compte Bagan, le Angkor Wat birman. Somptueux, mais après en avoir exploré environ 44, je lâche l’affaire, épuisée. A chacune de mes déambulations, je suis stupéfaite par la gentillesse extrême des Birmans dont le sourire si sincère qu’ils arborent en permanence ne peut vous laisser de marbre (même moi, pourtant fan des parisiens qui tirent la tronche et se piétinent dans le métro). Mais cette fois, je suis loin, personne ne me connait, alors peu importe, je me lance : « hello » en pagaille, signes de la main en veux-tu en voilà, sourire jusqu’aux oreilles, je m’implique. Mais force est de constater que je suis battue. C’est bien simple, ces gens feraient tout pour nous séduire, allant même jusqu’à passer du Céline Dion dans les restaurants (Dieu merci, j’étais loin d’être la seule touriste à chanter par dessus). Et feraient encore plus pour séduire mes compatriotes, qui, comme partout dans le monde, sont légion, en précisant sur de grosses pancartes placées devant les hôtels « ici, nous parlons très bien français ». Belle réputation…

Un dernier coucher de soleil avant de rejoindre Mandalay, d’où je quitte le pays (déjà…) après une nuit à l’aéroport, avec pour seule compagnie les gardiens qui dorment à poings fermés. J’aurais bien lancé un cache-cache, mais faute de partenaires, me résigne à fermer l’œil après les 12 coups de minuit. Bref, la Birmanie, c’était legen…wait for it…D-A-R-Y (mes excuses aux plus de 45 ans qui ne sont parfois pas en mesure de comprendre mes références).

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07 mars 2013

Very bad trip 2 pacotille

Sawadee Kaaaa !

Devant les supplications nombreuses et répétées de moult admirateurs (« à quand le prochain article ? on s’embête ici, ça caille et l’absence totale de scandale politique nous oblige à passer 15 jours sur un vulgaire problème de viande de cheval. Alors soit Sarkozy revient, soit tu écris plus souvent, mais faut faire quelque chose là »), j’accepte de suspendre mon après-midi plage le temps de vous conter mes trois dernières semaines. Je passerai rapidement sur la récupération de l’amie tant attendue à l’aéroport de Bangkok, au risque de raviver les émotions que les plus intellectuels d’entre nous ont pu ressentir à la fin de chaque épisode de Perdu de Vue. N’avons pas manqué d’en envoyer la vidéo à Jacques Pradel, au cas où il déciderait de reprendre du service.

Quelques jours à Bangkok pour « cocher les cases », promenades dans la ville et bien entendu fameuse balade en long tail boat dans les khlongs, ces canaux reliés au fleuve Chao Phraya, de chaque côté desquels se dressent (parfois miraculeusement) de charmantes maisons sur pilotis. Mais le besoin de grands espaces et de verdure nous pousse à rejoindre le nord du pays, et plus exactement la région de Chiang Mai où nous entreprenons un trek de trois jours (force est de reconnaître que trop de sport tue le sport, donc préférons la jouer light). Les festivités commencent par une balade à dos d’éléphant au cours de laquelle le guide/dresseur/conducteur, appelez ça comme vous voulez, me laisse les rennes. Non contente d’avoir suivi le cours Comment guider un animal de 2 tonnes lors de mon cursus en école de commerce, je m’assieds sur le crâne de cette adorable petite bête et en prends le commandement avec beaucoup de sérénité tandis que Michel (j’ai moi-même décidé de l’appeler comme je voulais, en attendant de trouver le mot adéquat pour définir son métier) est à terre et s’amuse avec mon appareil photo. Puis finies les plaisanteries, enchaînons trois jours de marche en pleine jungle, entrecoupées de pauses raffraichissement dans des cascades histoire de ménager ces corps d’athlètes. Dieu merci, notre groupe passe de 8 à 3 personnes dès le deuxième jour, mettant ainsi fin à l’esprit « classe verte » qui nous aura tout de même permis de rigoler un peu, ne crachons pas dans la soupe. Comme cette soirée autour du feu de bois, pendant laquelle notre guide local s’enfile des « cigarettes » longues comme le bras, roulées dans des feuilles de bananier, et finit par être complètement stone. Il nous raconte alors l’histoire drôle la plus longue (et la moins drôle) de tous les temps, ce qui lui vaut un léger moment de solitude dont il ne se rend évidemment pas compte. Pas décontenancé pour deux sous, Michel-guide enchaîne avec l’explication d’un jeu d’alcool que l’on finit par comprendre après une bonne demi-heure de concentration intense. Martine, une Française parlant bien peu anglais (pléonasme) est décidément à côté de la plaque et perd chaque fois que c’est son tour. Elle enquille les shots d’alcool de riz sans broncher jusqu’au moment où, n’en pouvant plus, elle a la brillante idée de berner tout le monde par le mime. Mais loin d’avoir le talent de Marceau, notre Martine nationale porte vivement la tasse à son visage, la croyant vide (ce qui n’est pas le cas) et manque ainsi de perdre la vue après en avoir reçu tout le contenu dans l’œil. Bref, de la poilade de haute compétition, je vous avais prévenus. Les jours suivants, continuons nos marches érintantes, que Michel-guide interrompt toutes les 5 minutes en s’arrêtant sans prévenir, l’oreille tendue, comme si un tyrannosaure se cachait dans les parages. Gros bluff quand on sait que l’animal le plus exotique qu’il nous ait été donné de voir n’est autre qu’une arraignée batman (photo à suivre, vous comprendrez). Finissons en apothéose avec une séance de bamboo rafting, sensations fortes garanties (comprenez trois rondins de bamboo attachés avec de la ficelle à la Robinson, naviguant sur une eau aussi plate que la poitrine de Jane Birkin). Du fun en pagaille.

Le retour à Chiang Mai est rude, nous nous retenons vivement de mettre à profit nos cours (imaginaires) de boxe thaï pour donner une belle leçon à tous ces occidentaux bedonnants en quête de jeunes prostituées thaïlandaises mais préférons les fuir pour assister au combat autrement plus sain que se livrent les chevaux à l’hippodrome, puis à celui des rugbymen français (no comment). Il est grand temps de rejoindre les plages du Sud, je retrouve avec bonheur le lieu où j’avais passé deux semaines et parviens à convaincre Charlotte que se lever à 7h pour travailler pendant ses vacances est un concept très en vogue et lui fera le plus grand bien. Elle et sa naïveté me croient et nous voilà en train de désherber, creuser, arroser dans la joie et la bonne humeur. Quelques jours suffiront à nous faire réaliser que s’échouer sur la plage toute la journée durant n’est pas désagréable non plus. Ce que nous ferons donc les 10 jours suivants. Fin de l’histoire. J’aimerais vous en dire plus mais difficile d’épiloguer sur dix journées à peu près semblables, passées sur une plage de sable fin à booster notre production de mélanine. Une petite excursion à Koh Jum, une île plus sauvage à une heure de bateau, acheva de nous convaincre que notre petite routine à Lanta était décidément parfaite.

Bref, la Thaïlande, c’était bien bien bien, et c’est déjà fini, mais on va pas se laisser abattre pour autant, direction la Birmanie pour se consoler. On fait aller quoi.

***

Fin de l’intox. Pour une fois sur ce blog, rétablissons les quelques vérités qui manquent à ce récit. Pour commencer, Anne n’a reçu que deux brefs messages la pressant mollement d’écrire un article, après des jours vissée à son iPhone, son Facebook, désespérant de n’en recevoir aucun. Si elle avait possédé un pigeon voyageur, la pauvre bête aurait sans doute succombé. Passons.

La partie relative à Bangkok et Chiang Mai est à peu près honnête. Elle a par exemple tout à fait raison de parler de nos « corps d’athlètes ». Une omission toutefois : l’épisode au cours duquel Anne, et par la même occasion son orgueil, churent lamentablement sur le chemin pourtant pas boueux, s’étalant de tout son long devant nos partenaires de trek hilares. Il y a toujours un boulet dans un groupe, nous le tenions.

En ce qui concerne ma naïveté ensuite, je tiens à rappeler le plaisir que nous autres, cadres correctement rémunérés, avons à voyager avec des post-étudiants fauchés fascinés par des rêves de voyage hippies d’une époque révolue. Résultat : on doit bosser pour manger, se loger. Un bonheur dont elle m’avait évidemment réservé la surprise, joie de retrouver Anne.

Et puis c’est ridicule, cessons cette supercherie. Ses photos n’en sont pas et ses récits ne sont qu’imaginaires, Anne se trouve à l’Hôtel de la Gare de Maubeuge, chambre 206. Et moi j’ai passé des vacances pourries. Tout va moyennement, maman.

PS : no offense to Maubeuge.

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11 février 2013

Thailand babe

Et pourtant, j'ai bien failli ne pas y arriver. 30 Janvier aéroport de Calcutta, au guichet Air Asia après avoir tendu mon passeport : "Mademoiselle, pardonnez-moi mais où est votre visa indien ?" (elle parlait fort bien français...) - "Sous vos yeux, Michelle" - "Je regrette mais celui-ci est expiré depuis 5 jours !"

Frayeur. La préposée au check-in sait maintenant précisément à quoi ressemble une tête qui se décompose. "Comment ? Pardon ? Expiré ? C'est à dire ?" Oui, j'ai bien entendu, il se trouve que je suis restée plus longtemps que prévu en Inde sans même penser à vérifier la date d'expiration de ce foutu visa. "Peut-être même la championne du monde...". On me dit donc que je dois retourner en ville pour régulariser ma situation, donc adieu mon billet. Dieu merci, les quelques cours de théâtre que j'ai pris à 14 ans sont vite remontés à la surface et après avoir successivement exprimé avec brio étonnement, peur, tristesse et supplication, le "we can't do anything for you" s'est transformé en "let's ask the immigration office". Love India. 45 minutes et une petite amende plus tard, je monte dans l'avion où tout le monde m'attend sagement. J'enclenche le mode star et remonte la rangée avec mes lunettes de soleil vissées sur le nez. Inutile de préciser que le sac Quechua et les Birkenstock ont quelque peu fait foirer la ruse. Bref, je m'assieds avec l'impression satisfaisante d'avoir échappé in extremis à une course-poursuite avec la police, façon Argo.

Bangkok. La densité du trafic me permettra de profiter du bus pendant deux longues heures avant d'atteindre Khao San Road, la rue où se trouvent tous les hôtels cheap, et donc TOUS les touristes. Je la parcours en cherchant désespérément des têtes de locaux parmi cette nuée de visages pâles rougis par le soleil, beuglant en terrasses, une pinte dans chaque main. Au secours. Une nuit suffira à satisfaire ma curiosité, d'autant qu'on m'attend à 700km de là.

Koh Lanta, petite île fort plaisante au sud-ouest du pays, que je n'ai nul besoin de présenter, Denis Brogniard l'ayant déjà assez fait. Non, je n'y vais pas pour participer au jeu de télé-réalité, trop facile, mais bien pour travailler. En personne responsable, je commence à préparer mon retour en France en m'habituant à me lever tous les matins à 7h pour aller "travailler". Ne nous leurrons pas, la reprise se fait en douceur et dans un cadre autrement plus sympathique que le métro parisien. Je me retrouve ainsi avec 4 autres volontaires d'horizons différents dans ce petit paradis géré par une hollandaise et un thaï, où tout est fait de façon écolo. Nous aidons le matin à la construction de maisons en bambou, gadoue et autres matières naturelles, marchons pieds nus, cuisinons au feu (merci à mes années de scoutisme de m'avoir évité d'être ridicule), faisons la vaisselle à la cendre et prenons nos douches à ciel ouvert. Bref, la case "devenir une hippie en voyage" n'est pas encore cochée mais on en est pas loin.

L'après-midi étant libre, j'en profite pour rejoindre la plage de sable fin à laquelle Berq-sur-mer n'a (presque) rien à envier. Pour aller plus vite, je coupe à travers jungle, me bats avec quelques serpents, expulse deux-trois dragons de Komodo et m'invente une vie au passage car si ces animaux sont bien présents, je n'en ai pas encore vu la couleur. Sur la route, quelques panneaux indiquent l'endroit le plus proche où se réfugier en cas de tsunami, tandis que je me fait doubler par des familles entières juchées sur leur scooter. J'ai pourtant vu de sacrées performances en Inde mais force est de constater qu'il y a concurrence. A part ça, je constate que le tunning a dépassé les frontières de Maubeuge et que les pratiques qui existaient à la cour du roi renaissent ici, en témoignent toutes ces locales qui se fardent de poudre blanche.

Peu de choses à dire finalement, puisque je n'ai encore véritablement exploré ce beau pays mais ça ne saurait tarder. En attendant, je profite chaque jour de la gentillesse des thaïlandais et du raffinement de leur cuisine.

Bref, en trois mots qui n'en font visiblement qu'un en thaï, ทั้งหมดเป็นอย่างดี.

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30 janvier 2013

Tranche de vie : mes dernières 48h en Inde

Lundi, 16h, gare de New Delhi. Ca y est, je pars, je quitte l'Inde après y avoir passé 2 mois, c'est à dire bien plus que prévu. Ca n'est pas rien, deux mois, un été scolaire complet. Assurément pas assez pour étudier ce pays en profondeur mais suffisant pour s'y attacher et avoir envie de revenir. Comment résister à un bon dernier train, quelques 27 heures pour rejoindre Calcutta d'ou je m'envolerai pour Bangkok.

Je n'ai pas véritablement évoqué le système des trains en Inde, il est temps d'y remédier. Les trains indiens permettent de voyager plus ou moins confortablement selon la classe. La classe Sleeper, mon domaine, est la moins chère et s'organise ainsi : dans chaque wagon, une succession de "compartiments" ouverts, comprenant deux rangées de 3 couchettes superposées et perpendiculaires à la paroie, et deux autres couchettes collées à celle d'en face. Je ne sais pas si je me fais bien comprendre, toujours est-il que nous nous retrouvons à 8 dans ces quelques 10. Ici, pas de drap, chacun s'allonge à même le "matelas" qui est en fait une planche rembourée, sommaire mais pas inconfortable quand on a 24 ans. Les autres classes, 1AC/2AC/3AC (AC pour Air Conditionned) sont constituées de véritables compartiments fermés, comprenant respectivement 2, 4 ou 6 couchettes avec de vrais matelas, des draps et couvertures et des gens riches comme compagnons de voyage.

Il est donc 16h, mon train quitte New Delhi et je suis bien installée sur ma couchette supérieure. Quelques heures plus tard, je finis par descendre de mon perchoir, parce que 27h allongée a 60cm d'un plafond crasseux, c'est vite lassant, et on étouffe. Mes congénères ne parlent pas très bien anglais mais assez pour me poser les questions basiques, et même si la conversation s'essoufle vite, il y en a au moins une (cf le train en Chine). Il est temps de se dégourdir les jambes, j'ai appris à ignorer toutes ces têtes qui se tournent quand je traverse le wagon, c'est le lot de chaque touriste et je l'accepte. Au bout du couloir, un type a ouvert la porte et contemple le paysage qui défile pendant qu'un autre attend patiemment que se charge la batterie de son portable. On peut aussi en trouver qui élisent domicile devant la porte des toilettes, faute de place ailleurs, et que l'on doit enjamber pour pénétrer ces lieux d'aisance qui restent relativement propres quand on sait la fréquentation.

Je retourne à ma place pour assister comme d'habitude au ballet incessant des vendeurs en tout genre et particulièrement des garcons de thé qui annoncent leur venue en criant à tue-tête "tchai ! tchai !", alors je me laisse tenter, car non seulement je ne me lasse pas de ce thé masala mais en plus, ça le fait taire l'espace d'un instant. Un mouvement rapide attire mon oeil par terre, une souris passe et repasse à quelques dizaines de centimètres de mes pieds, je finis par ne plus y prêter attention et replonge dans mon livre, le récit d'un reporter francais qui s'est mis dans la peau d'un intouchable indien pendant plusieurs semaines, dormant dans la rue et mendiant pour se nourrir. Une expérience que je n'ai pas forcément envie de tenter.

Arrivéà la gare de Calcutta avec 3h de retard, ce qui reste honnête. Il fait déjà nuit, la circulation est dense et je cherche un auto rickshaw pour partir en quête d'une auberge mais constate qu'il n'existe ici que des voitures taxi. Je finis par trouver une place en dortoir dans un hotel minable pour l'équivalent de 1,5 euro. Mon matelas s'avère aussi dur que le sol mais pouvais-je espérer mieux à ce prix là ? Inutile de préciser que la nuit fut pénible et me fit prendre conscience que la parenthèse confort de Delhi était bel et bien derrière moi. Reveillée vers 5h par un chat errant qui saute de lit en lit, je me lève donc et pars pour l'aéroport sans attendre, pour une fois, je n'arriverai pas à la dernière minute...

Bref, l'Inde, c'est fini, mais tout va bien.


PS : mes excuses s'il manque des accents/cédilles et tout autre rameau des mots qui composent la langue française, mais ce clavier n'en contient aucun et j'ai du tout copier coller alors CA VA !

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06 janvier 2013

Inglédibeul India – session 2

Un mois après mon arrivée,  je continue de découvrir les réjouissances de la culture indienne. Non pas que les crachats à répétition me perturbent, j’en ai vu d’autres en Chine et m’y suis d’ailleurs mise depuis (c’est ce qu’on appelle « l’adaptation »), de même que pour me fondre au mieux dans la masse, je commence à dodeliner de la tête pour un oui pour un non, après avoir perçu la puissance pacificatrice de ce mouvement qui laisse l’interlocuteur libre de l’interprêter comme ça l’arrange. Non, l’Inde serait décidément fade s’il n’y avait que cela. Or « fade » est bien le dernier mot qu’il conviendrait d’utiliser pour caractériser ce pays quand on sait qu’il est probablement le plus coloré au monde. Quel plaisir de se balader dans les rues en spectateur de cette symphonie des couleurs, où se cotoîent harmonieusement les jaunes, les rouges, les bleus, et j’en passe, qui me font oublier un instant que dans le mien, de pays, et surtout en ce moment, on est comblés par 50 nuances de gris… Certes, il leur arrive parfois de pousser le concept un peu trop loin, comme pour ces fameux pulls sans manche dont j’ai déjà parlé, mais qui sont peu de chose à côté des colorations oranges que se font faire les hommes d’un certain âge, ne supportant pas d’avoir les cheveux blancs (et alors là j’ai envie de dire Michel, si tu voulais que ta vieillesse passe inaperçue, il aurait été judicieux de choisir une couleur au moins similaire à celle d’origine).

Parenthèse pas drôle mais bien plus sérieuse que toutes les futilités précédentes, mon séjour à Delhi s’est malheureusement terminé par le scandale de cette étudiante violée, qui a donné suite à de nombreuses manifestations rappelant la dure vie que subissent les femmes dans ce pays. J’ai appris à cette occasion que l’Inde figurait à la 4ème place des pays les plus dangeureux pour une femme, derrière le Congo, l’Afghanistan et je ne sais quel autre contrée où il fait bon vivre. Bref, la place du con, comme on dit, mais la bonne place quand même.

Revenons à des choses plus gaies. J’ai donc quitté New Delhi pour rejoindre Pondicherry d’une traite et retrouver tous les souvenirs que j’y avais crées lors d’un très bel été ici en 2008. Les stigmates de l’occupation française (je ne cautionne pas le colonialisme mais ne dis pas non à un bon éclair au chocolat), toutes ces fleurs fraîches dont l’odeur m’avait particulièrement marquée et que les jeunes filles continuent d’arborer fièrement dans leurs cheveux, les œuvres d’art que les maîtresses de maison dessinnent devant leur porte à l’aide de multiples poudres colorées, le peace and love d’Auroville, la plage, et surtout, surtout, le sourire des enfants de l’orphelinat (raison de ma venue il y a 4 ans, big up à mes 6 compagnes de voyage de l’époque) que j’ai la joie de revoir après toutes ces années. Je les aperçois pour la première fois lors de l’(interminable) messe de Noël, eux qui font partie de la chorale. Certains me reconnaissent dans l’assistance bien qu’ils ne soient pas au courant de ma venue, me voilà ravie et soulagée à la fois de ne pas avoir à leur faire la tirade « mais siiii, vous vous souvenez ? il y a 4 ans ! non ? ». Les jours suivants, nous les passerons à nous remémorer tous ces moments passés ensemble, bref, j’ai bien fait de revenir.

J’en profite pour m’initier à la conduite du scooter, bien que n’ayant pas même touché à un semblant de mobilette dans ma jeunesse. La circulation indienne peut faire peur au début mais en réalité, une fois qu’on a intégré les quelques règles de base, c’est  aussi facile qu’un jeu vidéo. Règles qui sont les suivantes : rouler à gauche, respecter l’absence totale de panneaux de signalisation, contourner les vaches/monticules de détritus/trous au milieu de la chaussée, éviter le chien/gosse/vieux qui traverse et frôler tout le monde sans jamais rentrer dedans. Un jeu d’enfant. A la fin de la journée, j’avais l’impression que l’inscription « BEST SCORE ! » s’afffichait en haut à droite d’un écran imaginaire. Ce qui s’avère beaucoup moins drôle quand on se retrouve passager d’un bus dont le conducteur a décidé de jouer à « celui qui se rabattra le plus tard après avoir doublé », considérant ses coups de klaxon à répétition comme un rempart à la collision.

Outre la conduite, je me familiarise également tous les jours davantage avec l’accent indien, mais si certaines expressions sont maintenant bien intégrées, tel que le fameux « pipty roupies », d’autres me demandent encore un long moment de réfexion avant d’en comprendre le sens. Pour donner un exemple, « Boumali » m’a donné pas mal de fil à retordre avant que je réalise qu’il s’agissait de la version indienne de « Bob Marley ».

Et je finirai une fois de plus en parlant du comportement assez particulier des hommes qui seraient prêts à tout pour avoir une photo d’occidentale dans leur portable. J’ai d’ailleurs songé à un projet de bouquin pour leur faciliter la tâche : « petit guide pratique pour prendre en photo une occidentale plus ou moins discrètement » :

« - Evitez d’habiter dans un trou paumé au fin fond de la région la plus reculée d’Inde, et si tel est le cas, rendez-vous dans la ville touristique la plus proche. Une fois que vous vous y trouvez, postez vous aux points de passage stratégiques

- Repérez une occidentale : pour ce faire, rien de compliqué, elle a généralement la peau blanche. Attention, si elle porte un sari, ne vous leurrez pas, c’est une indienne dépigmentée. NB : certains occidentaux ont néanmoins parfois la fâcheuse habitude de vouloir absolument s’habiller comme des locaux (on les appelle alors communément des hippies), restez vigilants. A partir de là, 4 options s’offrent à vous :

  1. Demandez tout simplement à cette personne si vous pouvez la prendre en photo
  2. Pour augmenter vos chances de réussite, munissez-vous de votre femme et demandez à prendre les deux (en photo, entendons-nous). Et si vous êtes vraiment vicieux, coupez votre bien-aimée au cadrage.
  3. Pour les plus timides, trouvez une occidentale qui a mal aux pieds, n’en peut plus de cette chaleur et s’est donc assise tranquillement à l’ombre d’un monument. Demandez alors à votre femme de s’asseoir à côté de cette jeune fille, l’air de rien, puis prenez les deux en photo (précisez à votre épouse que mettre son bras autour des épaules de la voyageuse pourrait faire foirer l’effet « ni vu ni connu »)
  4. Dernière option, la plus lâche : postez-vous devant un monument très touristique, et lorsqu’une occidentale arrive, faites semblant de prendre en photo le-dit monument alors que vous ne prenez que la jeune innocente.

Afin que vous ayiez toutes les cartes en main, sachez cependant que vous serez forcément grillé en utilisant les deux dernières options, l’occidentale n’étant pas née de la dernière pluie. »

Voilà. Et pour éviter d'avoir à répondre à la question "Et sinon, tu es où ?" : j’ai quitté Pondicherry pour découvrir le Kerala, région sur la côte Ouest, où je traverse des paysages de toute beauté, où les gens sont gentils et où il fait chaud, bref, je ne me lasse pas de l’Inde, tout va bien.

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