Sawadee Kaaaa !

Devant les supplications nombreuses et répétées de moult admirateurs (« à quand le prochain article ? on s’embête ici, ça caille et l’absence totale de scandale politique nous oblige à passer 15 jours sur un vulgaire problème de viande de cheval. Alors soit Sarkozy revient, soit tu écris plus souvent, mais faut faire quelque chose là »), j’accepte de suspendre mon après-midi plage le temps de vous conter mes trois dernières semaines. Je passerai rapidement sur la récupération de l’amie tant attendue à l’aéroport de Bangkok, au risque de raviver les émotions que les plus intellectuels d’entre nous ont pu ressentir à la fin de chaque épisode de Perdu de Vue. N’avons pas manqué d’en envoyer la vidéo à Jacques Pradel, au cas où il déciderait de reprendre du service.

Quelques jours à Bangkok pour « cocher les cases », promenades dans la ville et bien entendu fameuse balade en long tail boat dans les khlongs, ces canaux reliés au fleuve Chao Phraya, de chaque côté desquels se dressent (parfois miraculeusement) de charmantes maisons sur pilotis. Mais le besoin de grands espaces et de verdure nous pousse à rejoindre le nord du pays, et plus exactement la région de Chiang Mai où nous entreprenons un trek de trois jours (force est de reconnaître que trop de sport tue le sport, donc préférons la jouer light). Les festivités commencent par une balade à dos d’éléphant au cours de laquelle le guide/dresseur/conducteur, appelez ça comme vous voulez, me laisse les rennes. Non contente d’avoir suivi le cours Comment guider un animal de 2 tonnes lors de mon cursus en école de commerce, je m’assieds sur le crâne de cette adorable petite bête et en prends le commandement avec beaucoup de sérénité tandis que Michel (j’ai moi-même décidé de l’appeler comme je voulais, en attendant de trouver le mot adéquat pour définir son métier) est à terre et s’amuse avec mon appareil photo. Puis finies les plaisanteries, enchaînons trois jours de marche en pleine jungle, entrecoupées de pauses raffraichissement dans des cascades histoire de ménager ces corps d’athlètes. Dieu merci, notre groupe passe de 8 à 3 personnes dès le deuxième jour, mettant ainsi fin à l’esprit « classe verte » qui nous aura tout de même permis de rigoler un peu, ne crachons pas dans la soupe. Comme cette soirée autour du feu de bois, pendant laquelle notre guide local s’enfile des « cigarettes » longues comme le bras, roulées dans des feuilles de bananier, et finit par être complètement stone. Il nous raconte alors l’histoire drôle la plus longue (et la moins drôle) de tous les temps, ce qui lui vaut un léger moment de solitude dont il ne se rend évidemment pas compte. Pas décontenancé pour deux sous, Michel-guide enchaîne avec l’explication d’un jeu d’alcool que l’on finit par comprendre après une bonne demi-heure de concentration intense. Martine, une Française parlant bien peu anglais (pléonasme) est décidément à côté de la plaque et perd chaque fois que c’est son tour. Elle enquille les shots d’alcool de riz sans broncher jusqu’au moment où, n’en pouvant plus, elle a la brillante idée de berner tout le monde par le mime. Mais loin d’avoir le talent de Marceau, notre Martine nationale porte vivement la tasse à son visage, la croyant vide (ce qui n’est pas le cas) et manque ainsi de perdre la vue après en avoir reçu tout le contenu dans l’œil. Bref, de la poilade de haute compétition, je vous avais prévenus. Les jours suivants, continuons nos marches érintantes, que Michel-guide interrompt toutes les 5 minutes en s’arrêtant sans prévenir, l’oreille tendue, comme si un tyrannosaure se cachait dans les parages. Gros bluff quand on sait que l’animal le plus exotique qu’il nous ait été donné de voir n’est autre qu’une arraignée batman (photo à suivre, vous comprendrez). Finissons en apothéose avec une séance de bamboo rafting, sensations fortes garanties (comprenez trois rondins de bamboo attachés avec de la ficelle à la Robinson, naviguant sur une eau aussi plate que la poitrine de Jane Birkin). Du fun en pagaille.

Le retour à Chiang Mai est rude, nous nous retenons vivement de mettre à profit nos cours (imaginaires) de boxe thaï pour donner une belle leçon à tous ces occidentaux bedonnants en quête de jeunes prostituées thaïlandaises mais préférons les fuir pour assister au combat autrement plus sain que se livrent les chevaux à l’hippodrome, puis à celui des rugbymen français (no comment). Il est grand temps de rejoindre les plages du Sud, je retrouve avec bonheur le lieu où j’avais passé deux semaines et parviens à convaincre Charlotte que se lever à 7h pour travailler pendant ses vacances est un concept très en vogue et lui fera le plus grand bien. Elle et sa naïveté me croient et nous voilà en train de désherber, creuser, arroser dans la joie et la bonne humeur. Quelques jours suffiront à nous faire réaliser que s’échouer sur la plage toute la journée durant n’est pas désagréable non plus. Ce que nous ferons donc les 10 jours suivants. Fin de l’histoire. J’aimerais vous en dire plus mais difficile d’épiloguer sur dix journées à peu près semblables, passées sur une plage de sable fin à booster notre production de mélanine. Une petite excursion à Koh Jum, une île plus sauvage à une heure de bateau, acheva de nous convaincre que notre petite routine à Lanta était décidément parfaite.

Bref, la Thaïlande, c’était bien bien bien, et c’est déjà fini, mais on va pas se laisser abattre pour autant, direction la Birmanie pour se consoler. On fait aller quoi.

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Fin de l’intox. Pour une fois sur ce blog, rétablissons les quelques vérités qui manquent à ce récit. Pour commencer, Anne n’a reçu que deux brefs messages la pressant mollement d’écrire un article, après des jours vissée à son iPhone, son Facebook, désespérant de n’en recevoir aucun. Si elle avait possédé un pigeon voyageur, la pauvre bête aurait sans doute succombé. Passons.

La partie relative à Bangkok et Chiang Mai est à peu près honnête. Elle a par exemple tout à fait raison de parler de nos « corps d’athlètes ». Une omission toutefois : l’épisode au cours duquel Anne, et par la même occasion son orgueil, churent lamentablement sur le chemin pourtant pas boueux, s’étalant de tout son long devant nos partenaires de trek hilares. Il y a toujours un boulet dans un groupe, nous le tenions.

En ce qui concerne ma naïveté ensuite, je tiens à rappeler le plaisir que nous autres, cadres correctement rémunérés, avons à voyager avec des post-étudiants fauchés fascinés par des rêves de voyage hippies d’une époque révolue. Résultat : on doit bosser pour manger, se loger. Un bonheur dont elle m’avait évidemment réservé la surprise, joie de retrouver Anne.

Et puis c’est ridicule, cessons cette supercherie. Ses photos n’en sont pas et ses récits ne sont qu’imaginaires, Anne se trouve à l’Hôtel de la Gare de Maubeuge, chambre 206. Et moi j’ai passé des vacances pourries. Tout va moyennement, maman.

PS : no offense to Maubeuge.