Catapultée à Rangoon, capitale effervescente mais apaisante à la fois, où il fait bon se promener dans les rues, déambuler dans l’énorme Bogyoke market, parcourir les quartiers chinois et indien, au rythme du grincement de ces pressoirs à cannes à sucre dont le jus extrait vient ravir les papilles des locaux ou voyageurs accablés par la chaleur. Rangoon n’est pour autant pas le genre de villes où les must-see se bousculent. Deux lacs de taille raisonnable permettent de s’accorder une balade rafraîchissante, en dehors de quoi le seul incontournable n’est autre que la pagode Shwedagon, la plus grande d’Asie de Sud Est. Qui au passage m’a laissée quelque peu de marbre, la faute à la marée de touristes qui s’étaient donné rendez-vous pour le coucher de soleil, mitraillant de toute part ce stupa en or de 98 mètres et vieux de 2500 ans (du moins sa première version, m'étonnerait qu’ils l’aient fait aussi bling bling à l’époque). Je resterai tout de même plusieurs jours dans cette ville attachante, découvrant au fil de mes excursions le mode de vie des birmans, leurs us et coutumes... Ainsi, dès mon arrivée, je m’étonne de voir tous ces visages, d’hommes, de femmes, d’enfants, couverts d’une pâte jaune pâle, le Thanaka, qui serait bonne pour la peau et protègerait du soleil. Outre ce drôle de maquillage, les dents rouges de ces messieurs ne manquent pas d’attirer l’œil. La mastication répétée d’une préparation à base de feuille de bétel, de chaux et autres épices (oui, j’ai googlé la chose) en est la cause et donne à ces visages pourtant pas vilains des sourires particulièrement moisis. Par ailleurs, les birmans conduisent à droite, doublent par la gauche (jusque là rien d’anormal), mais ont le volant à droite aussi, histoire d’avoir le moins de visibilité possible, sinon c’est pas drôle.

Puis vient le moment de décider quelles seront les prochaines étapes de ce périple, ce qui s’avère plus compliqué que prévu. La Birmanie (ou le Myanmar, si ça vous chante, mais avouons que ça sonne moins bien) a beau avoir ouvert ses portes aux touristes, il n’est cependant pas aisé de sortir des sentiers battus. Certaines régions requièrent un permis qui ne s’obtient évidemment pas du jour au lendemain, m’obligeant à faire une croix dessus et à me rabattre sur les endroits touristiques (ravie). Direction le sud, d’abord, avec notamment la visite de Hpa-an, une charmante petite ville toute en couleurs, bordée par un la rivière Thanlwin et de nombreuses caves plus impressionnantes les unes que les autres. J’y rencontre une hollandaise sortant tout juste d’un stage de méditation à Rangoon et qui, ravie d’avoir retrouvé la parole après 10 jours de mutisme, me raconte son expérience. Chaque journée commencait à 4h, se terminait vers 22h et comprenait pas moins de 12h de méditation, dont 3x1h dans l’immobilité la plus totale. Pas le droit de lever le petit doigt pour remettre une mèche de cheveux qui vous tombe dans les yeux ni de gratter la piqûre qu’un foutu moustique aura eu le plaisir de vous faire pendant la nuit. Bref, en écoutant son récit, je pensais à mon dos qui ne me permet pas de rester assise plus de 10 minutes sans que mes yeux s’emplissent de larmes, et me résignai à ne jamais atteindre l’éveil (décision qui m’en aurait touché une sans faire bouger l’autre, si j’en avais eues).

Hpa-an donc, après avoir vu les pagodes de Mawlamyine (à ce moment là, je n’avais pas encore conscience que j’allais en manger, des pagodes, partout où je mettrais les pieds), et avant d’aller m’émerveiller devant le golden rock, un des lieux de pélerinages favoris des locaux, qui consiste en une pagode de 7m posée sur un gros rocher couvert de feuilles d’or (ils font rarement dans le sobre), tenant comme par magie à l’extrémité d’une falaise (la légende veut qu’un cheveu du Boudha placé à l’intérieur l’empêcherait de tomber…). Une armée de moines en toge rouge viennent ici prier devant ce miracle de la nature, tandis que les femmes ne sont pas autorisées à s’en approcher à moins de 5 mètres (joie d’être une femme partout dans le monde, une fois de plus).

De retour à Rangoon, dont je refais le tour pour la 7ème fois, jamais lassée, avant de continuer ma route vers le lac Inle. Libre à vous de le wikipédier, vous y apprendrez notamment qu’il « abrite de nombreuses espèces endémiques, notamment plus de 20 espèces de gastéropodes et neuf espèces de poissons », et plein d’autres choses passionnantes qui permettent de combler un dîner ennuyeux à base de « saviez-vous que ? ». De mon côté, je dirai simplement que j’y ai passé 4 jours incroyables, à base de balades en pirogue, éblouie par ces pêcheurs dont la façon de ramer est unique (debout sur une jambe à la poupe et l'autre enroulée autour de la godille, tout ça sans faire tomber sa tong dans l’eau, s’il vous plaît) et pauses café dans les quelques palaces qui entourent le lac, me jurant à cette occasion d’être assez riche plus tard pour séjourner toutes mes vacances dans l’un de ces bungalows sur pilotis. J’ai par ailleurs fait 2 jours de trek non loin de là (histoire de garder la forme), dans une nature pas aussi verdoyante que la forêt amazonienne, mais la nuit dans un monastère au sommet d’une montagne valait définitivement le coup.

La parenthèse nature du lac Inle laisse place aux inombrables temples, pagodes et stupas que compte Bagan, le Angkor Wat birman. Somptueux, mais après en avoir exploré environ 44, je lâche l’affaire, épuisée. A chacune de mes déambulations, je suis stupéfaite par la gentillesse extrême des Birmans dont le sourire si sincère qu’ils arborent en permanence ne peut vous laisser de marbre (même moi, pourtant fan des parisiens qui tirent la tronche et se piétinent dans le métro). Mais cette fois, je suis loin, personne ne me connait, alors peu importe, je me lance : « hello » en pagaille, signes de la main en veux-tu en voilà, sourire jusqu’aux oreilles, je m’implique. Mais force est de constater que je suis battue. C’est bien simple, ces gens feraient tout pour nous séduire, allant même jusqu’à passer du Céline Dion dans les restaurants (Dieu merci, j’étais loin d’être la seule touriste à chanter par dessus). Et feraient encore plus pour séduire mes compatriotes, qui, comme partout dans le monde, sont légion, en précisant sur de grosses pancartes placées devant les hôtels « ici, nous parlons très bien français ». Belle réputation…

Un dernier coucher de soleil avant de rejoindre Mandalay, d’où je quitte le pays (déjà…) après une nuit à l’aéroport, avec pour seule compagnie les gardiens qui dorment à poings fermés. J’aurais bien lancé un cache-cache, mais faute de partenaires, me résigne à fermer l’œil après les 12 coups de minuit. Bref, la Birmanie, c’était legen…wait for it…D-A-R-Y (mes excuses aux plus de 45 ans qui ne sont parfois pas en mesure de comprendre mes références).