voyage-sur-mesure-groupe

Voici une liste non exhaustive des spécimens que j'ai l'habitude de croiser sur la route.

1. L'un de mes préférés, le français tradi. C'est ce compatriote qui ne troquera jamais ses chaussures bateau contre des tongs, même si oui, il transpire un max dedans, et se réjouit de pouvoir remettre son pull sur les épaules dès que le thermostat passe en dessous des 30 degrés. Le t-shirt est pour lui totalement prohibé, parce que faut pas pousser non plus, « voyager, oui, mais avec style », « et puis cette chemise ralph lauren n'est pas si chaude au final ». Enfin, s'il a le soucis du détail, notre ami tradi retroussera le bas de son jean en un large ourlet, car de la même manière que le t-shirt lui fait horreur, le short est banni de sa garde-robe. Vous trouverez notre petit frenchie au détour d'un monastère, d'un orphelinat ou d'une mission, autant d'endroits où il aura décidé de donner son temps et son énergie à aider son prochain (ne cherchez pas la blague cachée ou l'ironie, c'est plus que louable). Le tradi discutant avec quelques compères de la même veine est un spectacle à lui seul. Extrait.

Michel Teresa : « Vous êtes allés à la messe à Saigon ? »

« Ah non, on a juste été à celle d'Hanoi »

« Et bien la messe à Saigon, c'est incroyable, faut voir les filles, elles sont à moitié à poil quoi ! » (fandar, il faut bien l'avouer)

« Ah ouais ? Trop marrant. C'est vrai que celles de la chorale d'Hanoi avaient pas l'air farouche non plus. Mais ils ont chanté le Veni Creator, j'te raconte pas, c'était vraiment trop cool » (ne raconte pas, on imagine bien...)

 

2. Le voyageur qui se croit en compétition permanente avec les autres. Toujours dans la surenchère, il lui faut prouver qu'il a vécu les trucs les plus dingues, est passé au moins trois fois à côté de la mort mais en redemande, sans quoi le voyage « ne serait pas fun ».

IndiaMichel Jones : « Ah vraiment, t'as vu un accident de bus ? Et bah moi, j'ETAIS dans un bus qui allait au moins à 200 sur une route défoncée, je peux te dire que si on avait crevé, je serai plus là aujourd'hui »

« Ouais donc il t'est rien arrivé en fait »

« ... »

 

3. Variante d'IndiaMichel Jones, le voyageur qui te fait comprendre par moyens détournés qu'il a énormément baroudé. Mais vraiment l'air de rien, au détour d'une discussion a priori anodine avec ses compagnons de voyage, mais parlant assez fort pour que tout l'entourage puisse entendre.

Michel Magellan : « Ils sont grands les touk touk ici, bien plus qu'à Phnom Penh. Tu te souviens, là bas on tenait pas à plus de 5 ! Tu vois ceux de Bangkok par exemple ? Ben les mêmes. C'est quand même marrant qu'il n'y en ait aucun à Rangoon d'ailleurs ». Un conseil quand vous en croisez un, ne lui posez aucune question sur son voyage, c'est particulièrement jouissif de le voir se démener pour vous caler les infos (toujours l'air de rien), ce qu'il réussira, nul doute là-dessus.

 

4. Le voyageur qui au contraire prend tout à la légère. C'est un peu aussi le hyppie de la bande, celui qui a décidé de fuir son pays « parce que c'est de la merde, on est pas vraiment libres, j'y retournerai jamais » pour bosser dans un bar au Laos et faire la fête tout le temps. Avec lui, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil.

Moi : « No i'm not going to Pakistan, not sure it's very safe for a girl alone »

Michel inconscient : « Safe ? But what is safe ? Nothing's safe ! »

Oh please, épargne moi le discours « tu peux très bien te faire renverser par une voiture en sortant de chez toi ! » J'avais oublié qu'il est aussi rassurant de traverser la frontière turco-iranienne à 5h du matin que de se balader à Versailles un dimanche après-midi. Attends, c'est des violents à Versailles, même les plus jeunes portent des vestes militaires, non vraiment, ça rigole pas. Bref, si vous cherchez à reprendre contact avec un de ces spécimens, tentez la rubrique nécro du journal de son pays.

 

5. Le voyageur tout terrain, habillé en quechua de la tête aux pieds. Bob avec cordon ajustable, pochette water-proof autour du cou (contenant argent/téléphone/passeport, on est jamais assez prudent), t-shirt respirant (sans forme et de couleur souvent douteuse, mais respirant), banane autour de la taille, car comme dirait une humoriste peu connue « ah bah c'est pratique une banane, t'as les mains libres », pantalon convertible (et doublement, en short ET en pantacourt, habile), chaussures ouvertes à scratch (sensation unique d'avoir à nouveau 6 ans). Le voyageur tout terrain est généralement plutôt sympa, curieux de tout, ne se la raconte pas. Un bon compagnon.

 

6. Le français qui ne parle pas un mot d'anglais (le français, donc) mais qui en plus continue de s'adresser aux locaux en français. Généralement d'un certain âge, cette personne est persuadée (et dieu seul sait d'où lui vient cette idée absurde) qu'en articulant à outrance, ça passera. Ce qui donne des « jeee vouuus laisseeuuuh les clééés et re-viiiens dans cinqueuh minuuutes, d'aaaccooord ? », pas décontenancé pour deux sous par le regard ahuri du pauvre local qui n'a évidemment pas compris un mot, mais sourit, histoire d'être poli. Ce que Michel polyglotte prend pour un signe de confirmation.

 

Bref, nombreux sont les types de voyageurs que l'on est amené à rencontrer. On en aime certains, d'autres moins, mais dieu merci avec le temps, un simple regard suffit à les cerner. Et pour les fois où je tombe sur un lourd qui ne me lâche pas d'une semelle, j'ai trouvé la parade idéale : je m'invente une vie. « Yeah i left France in a hurry cause i had some issues with justice but i don't really want to talk about it, all the more so they're looking for me right now -- hahaha. ANYWAY, I'll go grab some dinner, wanna join ? No ??...»