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Alors oui, depuis mon dernier (vrai) article, il s'en est passé des choses. Mais je ne les raconterai pas ici, d'une part parce que j'ai tout simplement la flemme (j'assume), d'autre part parce qu'il n'est rien de plus barbant que de détailler mon itinéraire jour après jour (personne ne me demande de le faire ainsi, je sais, mais ayant commencé cette phrase par "d'une part", il me fallait bien trouver une autre raison). Je peux néanmoins faire un effort et survoler ces 3 dernières semaines en mots clés : Laos, Pi Maï à Vientiane, 4 jours moto loop Thakek, villages pittoresques, caves gigantesques, brûlure pot d'échappement, re moto plateau des Bolaven, Cambodge, Mondolkiri, Siem Reap, temples, beauté, temples, grandeur, temples, magnificence.

J'en suis donc à Siem Reap. Mercredi 1er Mai : Siem Reap. Cette fois, j'ai décidé de prendre mon temps, de rester ici quelques jours histoire de ne pas visiter Angkor au pas de course. Du temps, j'en ai, puisque mon vol pour Manille part de Phnom Pehn le 5. Je rejoindrai donc la capitale la veille seulement. Entre 2 visites, je jette quand même un oeil à mon billet, non pour vérifier la date de départ, car ça j'en suis sûre, c'est le 5. Non, je crois me souvenir qu'à ce moment là, je jette un oeil à ma réservation en me disant que je devrais peut-être l'imprimer. Pendant qu'on y est, me dis-je, vérifie ton heure de départ, ça mange pas de pain (oui, j'utilise souvent des expressions désuètes quand je me parle à moi-même). Juste l'heure hein, pas le jour, continue la voix dans ma tête. Pas la peine de vérifier le jour puisque ça, tu le sais, c'est le 5. Je vérifie donc l'heure, c'est bien le matin, comme je le pensais. Bravo Anne, tu es vraiment trop forte, me congratulai-je, n'ayant personne sous la main pour me jeter des fleurs. C'est alors que mes yeux, sans que je leur demande quoi que ce soit et n'en faisant qu'à leur tête (si je puis m'exprimer ainsi), prennent la liberté de se promener sur le papier, si électronique soit-il, et de terminer leur course sur la date de départ de ce foutu avion dont on parle maintenant depuis bien trop longtemps, j'en conviens. Le 3. Ton avion décolle le 3, sale imbécile. Ce sont mes yeux qui, ayant miraculeusement trouvé la parole, s'en donnent à coeur joie. Et consciente de ma bêtise, je ne trouve même pas la force de les réprimander pour leur insolence. A la place, je me resaisis, et me dis que j'ai quand même été bien inspirée en allant vérifier la date de mon vol pour Manille (l'art de retourner la situation à son avantage). Même conclusion, donc : bravo Anne, tu es vraiment trop forte. Enfin en attendant, plus de temps à perdre, il me faut rejoindre Phnom Pehn avant la date fatidique.

Jeudi 2 Mai : je vérifie mon billet à nouveau (on en devient parano, à force), au cas où la fameuse date aurait changé dans la nuit. Non, c'est bien toujours le 3. Ah tiens, je découvre en revanche que j'ai une escale (sans blague, je le découvre...mon cerveau m'avait probablement lachée cette semaine là). Une escale entre le Cambodge et les Philippines ? Mais où ça, à Hanoï ? Oh non, bien plus simple : Singapour. "Mais si, regarde, si tu prends une carte, que tu la plies comme ça, puis comme ça, et encore comme ça, tu arrives presque à mettre Singapour en plein sur la route Phnom Pehn - Manille". Bref. Et alors elle va durer combien de temps, cette escale ? 7 heures. Parfait.

Vendredi 3 Mai - Phnom Pehn : Je me lève aux aurores, saute dans l'avion, arrive à Singapour sans encombre et commence à attendre, confortablement installée dans un fauteuil ultra moderne, regardant du sport sur un écran de 5m par 3. Autant, 7 heures d'escale à Beauvais, ça fait chier (pardon d'être grossière mais il s'agit d'employer l'expression qui convient), autant à Singapour, ça passe. J'attends donc sereinement, même si depuis ce matin j'ai la sensation qu'il va "se passer un truc". J'ai bien mon passeport, je vérifie mes visas, tout a l'air en règle, pas de raison de s'affoler. A 17h, soit 50 minutes avant mon vol (sisi, ça a de l'importace), je me pointe au guichet de la compagnie en question. "Mais Mademoiselle, vous n'avez pas votre carte d'embarquement, il fallait que vous passiez l'immigration pour vous enregistrer à nouveau". - "Comment ça, fallait ? J'ai encore le temps, mon avion ne décolle que dans 50 minutes !" - "Certes mais l'enregistrement vient de fermer" - "Et donc ?" - "Et bien il ne vous reste plus qu'à voir avec la compagnie si elle peut vous réserver un siège sur le prochain vol. Ca devrait vous coûter 170 dollars". "Quoi quoi QUOI ??!" J'en ai loupé, des trains, que j'ai même vus partir sous mes yeux, mais alors rater un avion qui ne part que 50 minutes plus tard, c'est particulièrement frustrant. Me voilà donc passant l'immigration au bord des larmes pour aller expliquer ma situation au guichet de la compagnie. En quelques minutes, cette employée indienne me réserve une place sur le vol suivant et me tend la feuille : "tenez, je vous le fais gratuitement". Et bien croyez le ou pas, ça ne m'a pas particulièrement étonnée. Parce qu'à chaque fois qu'il m'arrive quelque chose du genre, je finis par m'en sortir. C'est reparti pour 7 heures d'attente (il faut bien payer sa connerie d'une manière ou d'une autre).

Arrivée à Manille à 4h du matin, j'attends quelque peu dans le hall avant de prendre directement le chemin de la gare routière. Je souhaite aller vers le nord et plus exactement à Banaue où se trouvent de magnifiques rizières en terrasses. On me dit que contrairement à ce que je pense, le plus simple n'est pas de passer par Baguio mais par Dagupan. Je fais confiance (après tout, ces gens vivent là) et réserve une place pour 23h, ce qui me laisse une journée complète pour visiter Manille. Mais autant vous dire que n'ayant pas dormi depuis près de 30h, j'èrre tel un zombie plus que je ne visite réellement. 23h sonnent enfin, mais mon bus n'est pas là. Je me renseigne. Il s'avère que le matin même, je suis probablement tombée sur une mongole (pardonnez moi mais j'étais énervée) qui m'a réservé un siège dans un bus qui n'existe pas. 2 options s'offrent à moi : soit j'attends le prochain qui part à 4h du matin, soit je prends un premier bus qui me déposera sur une aire d'autoroute vers 2h et d'où je pourrai facilement joindre un second bus pour Dagupan. Exaspérée d'attendre, je choisis la deuxième option. 2h du matin, voici l'aire en question. Magnifique, un bus pour Dagupan y fait justement halte. Pas de problème, il reste de la place, je peux monter. Oui mais seulement, à l'intérieur, il fait 10 degrés tant la clim est puissante. Je parlemente avec le chauffeur pour la lui faire baisser, montrant que tout le monde est frigorifié, mais impossible, "elle est déjà au minimum". 'Mais vous pouvez prendre le prochain bus, ajoute-t-il, c'est pas le même type, devrait pas y avoir de problème de clim" - "Et il arrive quand ce prochain bus ? Non parce que si je dois attendre 2 heures ici, c'est pas la peine". - "Oh, dans 10 minutes". Effectivement je n'ai pas attendu 2 heures...mais 3. C'est le gros problème de ces locaux donc l'extrême gentillesse leur fait dire ce que vous voulez entendre. Si vous demandez à un local "patelin, c'est par là ?" en montrant une direction, il vous dira oui avec assurance. Si vous reposez la même question en montrant la direction opposée, il vous répondra oui à nouveau.

Bref, c'est donc à 5h du matin qu'un autre bus fait son apparition, lui-même surclimatisé, évidemment (ça aura valu le coup). A 8h, me voilà enfin à Dagupan ! Ne reste plus qu'à monter dans un petit bus pour Banaue, on m'a dit à Manille que ça ne devrait prendre que 2h, une broutille. Mais il faut croire que les employés de la gare routière de Manille ne sont pas selectionnés sur leur QI car en arrivant à Dagupan..."Mais pourquoi vous êtes venue ici pour aller à Banaue ? Vous auriez dû passer par Baguio ! Là vous allez devoir prendre un bus pour Batad junction puis un autre pour Banaue". Essayant de garder mon sang froid, me forcant à ne pas retourner à la gare routière de Manille afin d'y prendre un employé pour frapper sur l'autre, je demande "et ça devrait durer combien de temps tout ça ?" - "Et bien, 6 + 3, 9 heures". Difficile de décrire ma réaction, je crois que j'ai fait un black out.

Après avoir donc pris 4 bus différents pour un total de 18h, j'arrive enfin à Banaue et apprends qu'il existe des bus directs qui durent 8h. Voilàvoilà, je n'ai pas dormi depuis 58h mais je suis contente car ici c'est magnifique.