Mercredi 15 Mai, 00h15, Manille : dernière nuit aux Philippines, dans 7h exactement, mon avion pour Hong Kong décollera. L’aéroport international de Manille n’étant qu’à 20 minutes de ma guesthouse, cela me laisse quelques 5 heures de sommeil avant de sauter dans un taxi. Mais quelque chose me dit que je ferais tout de même bien de vérifier mon billet (on connait le refrain). Date de départ, check, heure de départ, check, aéroport…demandons à cette jeune femme à la réception. Elle connait, oui. « C’est à deux heures de Manille ». Voilà, donc maintenant c’est acté et officiel, je suis devenue débile. Ce qui, tant que je m’en sors, ne me dérange pas outre mesure et bien au contraire, apporte un peu de piment au voyage. Je me retrouve donc en pleine nuit à la gare routière pour m’entendre dire que le prochain bus part à 3h30 du matin, j’arriverai donc à l’aéroport à temps mais n’aurai pas dormi de la nuit. Comme je l’ai dit la dernière fois, c’est le prix à payer pour sa bêtise, et je le trouve bien raisonnable (ou peut-être le sort attend-t-il le moment propice pour me faire un sale coup mais à cet instant précis, mon insousciance me fait penser que je passe drôlement bien à travers les mailles du filet).

Voilà donc le plan initial : arrivée à Honk Kong, je fonce à l’ambassade de Russie, demande un visa express délivré en 2 jours (et ai tous les documents nécessaires), conserve mon passeport et file à l’ambassade de Chine faire de même (un « ami » m’assure l’avoir obtenu en 24h quelques mois plus tôt), bref si tout se passe comme prévu, 4-5 jours plus tard, je serai en route vers Pékin, où je ferai faire mon visa pour la Mongolie tout en foulant les briques de cette belle muraille. J’aimerais pouvoir dire que « tout ne s’est pas passé comme prévu », mais il serait plus honnête d’affirmer que « rien ne s’est passé comme prévu ».

Mercredi 15 Mai, 9h30, Hong Kong : fraichement débarquée,  je fonce à l’ambassade de Russie (ah si, c’est le seul point qui correspond), demande un visa expr...  « Vous habitez Hong Kong ? Non ? Et bien pas de formule express pour vous, ce sera 7 jours ouvrés. On gardera votre passeport tout ce temps. Et revenez quand vous aurez un certificat d’assurance en anglais ou en chinois, on parle pas français ici. Au revoir. » Magré mon envie d’apprendre l’amabilité à ce c**, j’accuse le coup et me rends à l’ambassade de chine pour régler cette histoire de visa en 24h. Il n’en est rien, cela prendra 4 jours ouvrés, et l’on me demande des tas de documents que je n’ai pas. C’est bon Anne, maintenant que tout part à vau-l’eau, tu peux t’effondrer. Ce que je n’ai pas eu besoin de me répéter. Impossible de poireauter 3 semaines à Hong Kong, il faut réfléchir vite, trouver une solution pour sauver ce retour qui m’échappe. Je ne rentrerai pas par la terre, il faut s’y résoudre, adieu Chine et Mongolie, je m’envolerai pour Vladivostok (ce qui fait un avion de plus mais au point où on en est…). Et un petit dernier coup du sort, comme pour me rappeler que ce plan là aussi est vulnnérable : mon assurance m’envoie finalement un certificat en anglais le jeudi après-midi, et comme le service visa ferme à midi, je me résouds à faire ma demande le lendemain. Le vendredi, donc. Vendredi 17 Mai. Jour ferié.

C’est donc le lundi suivant que je me lève de bon matin, la boule au ventre. Pas seulement parce que je crains que ma demande ne soit refusée mais aussi parce qu’il faut bien le reconnaitre, les russes font peur. Sur le chemin de l’ambassade, je suis aussi sereine et détendue que si je me rendais sur l’échafaud (big up à mon cher frère François-henri Désérable et à son excellent bouquin Tu montreras ma tête au peuple, paru chez Gallimard et disponible dans toutes les bonnes librairies). En ce lundi 20 Mai donc, je pousse cette porte pour la seconde fois, aussi stressée que le jour des résultats du bac. Ok, mauvais exemple. Que le jour des résultats de mon concours d’entrée aux écoles de commerce. (Mieux). Moi qui avais réussi à arrêter de me ronger les ongles pendant un mois (une véritable prouesse quand on me connait bien), il n’en reste plus rien. Il est à peine 9 heures, le personnel vient d’arriver et j’attends donc à quelques mètres du comptoir, ne voulant surtout pas les déranger dans leur installation. Deux voix dans ma tête se lancent alors dans une discussion agitée « tu  vas voir qu’ils vont trouver un problème dans ton dossier  - mais non, ça va aller, j’ai tout ce qu’il faut, je crois  - ah ! tu vois t’en es même pas sûre, on nage en plein délire !  - non mais si si, j’ai tout ce qu’il faut. Ca va aller Anne, ça va aller…  - ben moi je maintiens que t’aurais jamais dû réserver cet avion avant d’être sûre d’avoir ton visa, stupide fille  - mais ta gu… C’est alors qu’un de ces charmants employés approche son poing de la vitre blindée et tape trois coups secs pour attirer mon attention avant d’aboyer « C’EST POUR QUOI ? » - « Et bien, euh, c’est-à-dire…je voulais juste...enfin c’est pour…je voudrais demander un visa touristique… »  - « ALORS ASSEYEZ VOUS » - « euh, oui, parfait, merci infiniment. Monsieur. » Tout ça pour dire que quand je me retrouve devant des russes, je perds un peu de ma superbe (je m’écrase complètement, oui, on peut dire ça comme ça). Enfin à ma décharge, je me suis dit qu’un « Oh Jean-Claude Poliakov, ça t’arrive d’être poli ?? » aurait pu compromettre l’obtention de mon visa.

C’est après deux semaines de plage, shopping visuel, sorties, expos (on va pas se laisser abattre, la vie continue hein) que je quitte cette ville incroyable qu’est Hong Kong pour découvrir Vladivostok et entamer un long périple vers Moscou. Mes premières impressions russes à venir dans un prochain article, je peux seulement vous dire qu’après un an à 30 degrés de moyenne et n’ayant qu’un pull pour me tenir chaud, je redécouvre les joies du claquement de dents. FAIR ENOUGH, me direz-vous. Mais pour gagner au final, j’ajouterai que certes, on n’est pas comme dans un sauna, mais au moins le ciel est bleu. Difficile pour vous d'imaginer ça mais si si, je vous assure que dans les autres parties du monde, le ciel est bleu.

Tout va bien maman, et à bientôt.