P1130448

Et le voyage en fait partie. Après 385 jours à parcourir 22 pays, je suis rentrée dans le mien le 30 Juin dernier. Et pour être honnête, l'euphorie des retrouvailles m'a rendue totalement inapte à me replonger dans le dernier mois de voyage pour écrire un dernier article sur ce blog. Après 15 jours passés à Hong Kong à attendre mon visa Russe, j'ai fini par rejoindre Vladivostok pour commencer le Transibérien. Voilà ce que j'avais noté à l'époque et que je n'ai jamais pris le temps de poster :

"Jeudi 30 Mai : me voilà enfin en terre russe. Et pas n’importe où, dans une ville si éloignée de la capitale qu’il est difficile de croire qu’elle est régie par les mêmes lois, que l’on y parle la même langue. Quelques 9200km séparent Vladivostok de Moscou et c’est ici que se feront mes premières impressions du pays de Tolstoï, Dostoievski et Tchaikovsky (de sacrés idoles pour la passionnée de littérature que je suis…). Les russes sont réputés froids et peu affables, soit, je me ferai donc un devoir de mettre à mal ces stéréotypes et ma mission commence ici même, à l’aéroport. Malheureusement, mes trois premières interactions tendent à me décourager dans cette entreprise. Tour à tour, les employés que j’aborde pourtant avec un sourire bienveillant et un chaleureux « zdrastvutye » prononcé d’une voix aussi douce que mes cordes vocales (et mon tempérament) me le permettent, daignent à peine me regarder et plutôt que de me renvoyer la politesse par un simple bonjour, fût-ce en y mettant toute la haine qu’ils ressentent, préfèrent lancer un « Niet » et agiter la main pour me faire comprendre qu’ils ne parlent pas anglais et que, de toute façon, je les dérange. Me rappelant que je me trouve dans un aéroport, lieu par excellence où les employés sont amenés à rencontrer des étrangers et à les aider quelque peu, j’oscille entre « ne pas se fier aux apparences » et « la première impression est souvent la bonne ». C’est alors que ma bonne étoile se pointe en la personne d’Artem, un russe pure souche qui m’aborde dans un anglais parfait et me fera finalement découvrir sa ville natale, Vladivostok, considérée comme le San Francisco russe (mais à part des rues à fort dénivelé et un pont suspendu pas même rouge, les similitudes s’arrêtent là). Depuis les années 90, VL, pour les 3 russes anglophones du coin, a troqué son statut de ville la plus criminelle du pays pour quelque chose de plus paisible (les anciens chefs des gangs qui controlaient les rues sont tout simplement devenus maires, pas plus compliqué que ça). Les bonnes surprises se poursuivent puisque mon hôte trouvée sur internet n’est autre qu’une jeune traductrice dont la gentillesse dépasse l’entendement, elle insistera en effet pour que je dorme dans son lit tandis qu’elle-même se couchera sur un lit de camp…dans la cuisine (de quoi foutre mal à l’aise).

Quelques jours plus tard, la grande épopée commence, j’embarque dans le train à destination d’Irkoutsk. Techniquement, trois options s’offrent à moi : la première classe qui consiste en un compartiment de deux lits, la deuxième à 4 lits, et enfin la dernière classe, appelée platskart, où se succèdent des ensembles de 6 couchettes (4 perpendiculaires à l’une des parois, 2 parallèles à l’autre) sans aucune cloison. Budgétairement, une seule option subsiste. D’autant que mes nouveaux amis me déconseillent les compartiments fermés au motif que je pourrais me « retrouver enfermée avec 3 anciens prisonniers ivres » (rassurant). Ce matin là, l’excitation est à son comble lorsque je songe aux 3 jours de bercement qui m’attendent. Autant la traversée de la Chine en 70h sur un siège était un petit enfer, autant dès lors que je peux m’allonger, le temps n’a plus d’importance.

Les compagnons font le voyage, c’est bien connu, et il faut dire que je suis bien tombée. Je me retrouve avec des camarades fort sympathiques qui, malgré un anglais presque inexistant, tentent d'engager la conversation. Nous parvenons tant bien que mal à échanger quelques informations sur nos vies respectives et finissons par partager nos vivres autour d'un jeu de cartes. A travers la fenêtre défilent des plaines sans fin, traduisant l’immensité de ce pays et je songe alors que la Terre peut bien compter quelques milliards d’individus supplémentaires, nous saurons toujours où les foutre. Ces pensées hautement intellectuelles m’épuisent et le sommeil m’emporte pour quelques heures, une centaine de kilomètres tout au plus, vu l’allure à laquelle nous avancons.

Après quelques haltes, je remarque que le look vestimentairement des russes est un vrai sujet. On constate rapidement deux catégories de personnes. Une minorité, d’abord, exclusivement constituée de femmes qui accordent une importance démesurée à l’apparence et paradent dans les rues juchées sur des talons dont la seule vue me fait moi-même mal aux pieds, et moulées dans des robes extravagantes laissant entrevoir beaucoup trop de longueur de jambe. A se demander ce qu’elles portent les jours de fête… Pour la majorité des russes, cependant, il semble que les vêtements ne sont qu’un moyen de se prémunir du froid (ou plus simplement encore, de ne pas sortir à poil). De même que leurs goûts capillaires sont plus que douteux. Vladivostok, Irkoutsk, Yekaterinbourg, dans toutes ces contrées lointaines, mulettes et queues de rats sont à l’honneur, tandis que franges en biais et coupes playmobil fleurissent ça et là. C’est ainsi qu’au fil de mes haltes, j’ai invariablement l’impression de me retrouver dans un épisode des Deschiens ou en vacances avec la famille Groseille, ce qui, il faut l'avouer, est assez divertissant.

PS : Tchaikovsky n’est pas écrivain, je sais, merci..."

 

Je m'étais donc arrêtée là juste avant mon arrivée à Moscou, ville magnifique où j'ai passé quelques jours avant de mettre le cap sur la France. Aujourd'hui, après cette expérience inoubliable, je ne peux vous donner qu'un seul conseil : PARTEZ.

Partez découvrir les richesses du monde. Partez maintenant, le plus vite possible, avant que celles-ci ne disparaissent, pour des raisons x ou y. La Syrie est en ce moment défigurée par la guerre, certaines régions du Cambodge par la déforestation, et n'importe quel autre pays en général, par l'homme en quête de modernité. Partout, les habitations traditionnelles laissent place à des bâtiments sans charme, substituant le béton déprimant à la beauté du bois, du bambou, de la chaux. Partez avant qu'il n'en reste plus que des centres commerciaux et des MacDonalds, ce qui est presque déjà le cas dans certaines gandes villes asiatiques.

Partez sans prendre en compte les mises en garde venant de toutes parts (si l'on écoutait le ministère des affaires étrangères, on ne voyagerait plus qu'en Belgique ou en Suisse) mais au contraire pour vous faire votre propre opinion. N'écoutez pas ce qu'on vous dit, sortez des sentiers battus. Si je n'avais pas essayé de suivre ces préceptes, je n'aurais jamais découvert la splendeur de l'Iran, la gentillesse et l'intelligence de ses habitant, loin de l'image que nous renvoient nos média occidentaux. Oui, sortez des sentiers battus, ce sont là les meilleures expériences car les plus authentiques. Rien de plus triste que de constater l'uniformisation des cultures, la disparition des coutumes parfois simplemet pour mieux satisfaire aux exigences des touristes que nous sommes (même si, ne nous leurrons pas, je ne dis pas non à la disparition des toilettes à la turque). Sortez des sentiers battus, même lors de courts séjours : l'Ouzbékistan regorge de magnifiques cités sur la route de la soie, très bien préservées et qu'il est aisé de visiter en 15 jours de vacances (ça changera du camping de Palavas les flots).

Partez mais dépensez le moins possible. Je ne dis pas "jouez-la SDF" car pouvoir s'octroyer un hôtel convenable de temps à autres n'est pas négligeable mais c'est en dépensant le moins que l'on vit les plus belles expériences. C'est en dépensant le moins que l'on évite les atmosphères aseptisées propres à tout ce qui coûte cher. Dans un bus VIP, on dort certes confortablement, mais l'on ne rencontre personne ou du moins pas un seul local. Il n'est de voyage plus enrichissant qu'en faisant du stop et en dormant chez l'habitant. Ce sont là les meilleurs moments d'échange. Car même si la splendeur du Taj Mahal où des montagnes de l'Himalaya laisse sans voix, elle n'est que sublimée par le partage que l'on en fait avec les gardiens de ces joyaux.

Tout ceci n'est que mon humble avis, après tout il n'y a pas de bonne ou de mauvaise façon de voyager, l'important est de partir.